• Quatre poésies de Victor HUGO

    Voici quatre poésies qui m'ont particulièrement touchée

    La dernière plus encore pour des raison personnelles

    Trois poésies entre autres

    VICTOR HUGO (1802-1885)

    Victor Hugo, né le 26 février 1802 à Besançon et mort le 22 mai 1885 à Paris, est un poète, dramaturge et prosateur romantique considéré comme l’un des plus importants écrivains de langue française.
    Naissance : 26 février 1802, Besançon
    Décès : 22 mai 1885, Paris
    Films : Les Misérables, Le Bossu de Notre-Dame, plus…
    Œuvres d'art : Crépuscule, Gavroche a 11 ans, plus…
    Enfants : Léopoldine Hugo, Adèle Hugo, François-Victor Hugo, Léopold Hugo, Charles Hugo

    *****

    A celle qui est voilée

    Tu me parles du fond d'un rêve
    Comme une âme parle aux vivants.
    Comme l'écume de la grève,
    Ta robe flotte dans les vents.

    Je suis l'algue des flots sans nombre,
    Le captif du destin vainqueur ;
    Je suis celui que toute l'ombre
    Couvre sans éteindre son coeur.

    Mon esprit ressemble à cette île,
    Et mon sort à cet océan ;
    Et je suis l'habitant tranquille
    De la foudre et de l'ouragan.

    Je suis le proscrit qui se voile,
    Qui songe, et chante, loin du bruit,
    Avec la chouette et l'étoile,
    La sombre chanson de la nuit.

    Toi, n'es-tu pas, comme moi-même,
    Flambeau dans ce monde âpre et vil,
    Ame, c'est-à-dire problème,
    Et femme, c'est-à-dire exil ?

    Sors du nuage, ombre charmante.
    O fantôme, laisse-toi voir !
    Sois un phare dans ma tourmente,
    Sois un regard dans mon ciel noir !

    Cherche-moi parmi les mouettes !
    Dresse un rayon sur mon récif,
    Et, dans mes profondeurs muettes,
    La blancheur de l'ange pensif !

    Sois l'aile qui passe et se mêle
    Aux grandes vagues en courroux.
    Oh, viens ! tu dois être bien belle,
    Car ton chant lointain est bien doux ;

    Car la nuit engendre l'aurore ;
    C'est peut-être une loi des cieux
    Que mon noir destin fasse éclore
    Ton sourire mystérieux !

    Dans ce ténébreux monde où j'erre,
    Nous devons nous apercevoir,
    Toi, toute faite de lumière,
    Moi, tout composé de devoir !

    Tu me dis de loin que tu m'aimes,
    Et que, la nuit, à l'horizon,
    Tu viens voir sur les grèves blêmes
    Le spectre blanc de ma maison.

    Là, méditant sous le grand dôme,
    Près du flot sans trêve agité,
    Surprise de trouver l'atome
    Ressemblant à l'immensité,

    Tu compares, sans me connaître,
    L'onde à l'homme, l'ombre au banni,
    Ma lampe étoilant ma fenêtre
    A l'astre étoilant l'infini !

    Parfois, comme au fond d'une tombe,
    Je te sens sur mon front fatal,
    Bouche de l'Inconnu d'où tombe
    Le pur baiser de l'Idéal.

    A ton souffle, vers Dieu poussées,
    Je sens en moi, douce frayeur,
    Frissonner toutes mes pensées,
    Feuilles de l'arbre intérieur.

    Mais tu ne veux pas qu'on te voie ;
    Tu viens et tu fuis tour à tour ;
    Tu ne veux pas te nommer joie,
    Ayant dit : Je m'appelle amour.

    Oh ! fais un pas de plus ! Viens, entre,
    Si nul devoir ne le défend ;
    Viens voir mon âme dans son antre,
    L'esprit lion, le coeur enfant ;

    Viens voir le désert où j'habite
    Seul sous mon plafond effrayant ;
    Sois l'ange chez le cénobite,
    Sois la clarté chez le voyant.

    Change en perles dans mes décombres
    Toutes mes gouttes de sueur !
    Viens poser sur mes oeuvres sombres
    Ton doigt d'où sort une lueur !

    Du bord des sinistres ravines
    Du rêve et de la vision,
    J'entrevois les choses divines... -
    Complète l'apparition !

    Viens voir le songeur qui s'enflamme
    A mesure qu'il se détruit,
    Et, de jour en jour, dans son âme
    A plus de mort et moins de nuit !

    Viens ! viens dans ma brume hagarde,
    Où naît la foi, d'où l'esprit sort,
    Où confusément je regarde
    Les formes obscures du sort.

    Tout s'éclaire aux lueurs funèbres ;
    Dieu, pour le penseur attristé,
    Ouvre toujours dans les ténèbres
    De brusques gouffres de clarté.

    Avant d'être sur cette terre,
    Je sens que jadis j'ai plané ;
    J'étais l'archange solitaire,
    Et mon malheur, c'est d'être né.

    Sur mon âme, qui fut colombe,
    Viens, toi qui des cieux as le sceau.
    Quelquefois une plume tombe
    Sur le cadavre d'un oiseau.

    Oui, mon malheur irréparable,
    C'est de pendre aux deux éléments,
    C'est d'avoir en moi, misérable,
    De la fange et des firmaments !

    Hélas ! hélas ! c'est d'être un homme ;
    C'est de songer que j'étais beau,
    D'ignorer comment je me nomme,
    D'être un ciel et d'être un tombeau !

    C'est d'être un forçat qui promène
    Son vil labeur sous le ciel bleu ;
    C'est de porter la hotte humaine
    Où j'avais vos ailes, mon Dieu !

    C'est de traîner de la matière ;
    C'est d'être plein, moi, fils du jour,
    De la terre du cimetière,
    Même quand je m'écrie : Amour !

        Victor HUGO 

    Trois poésies entre autres

    Pour Mel sa maman et son papa, pour Philémon envolé bien trop tôt


    A la mère de l'enfant mort

    Oh! vous aurez trop dit au pauvre petit ange
    Qu'il est d'autres anges là-haut,
    Que rien ne souffre au ciel, que jamais rien n'y change,
    Qu'il est doux d'y rentrer bientôt;

    Que le ciel est un dôme aux merveilleux pilastres,
    Une tente aux riches couleurs,
    Un jardin bleu rempli de lis qui sont des astres,
    Et d'étoiles qui sont des fleurs;

    Que c'est un lieu joyeux plus qu'on ne saurait dire,
    Où toujours, se laissant charmer,
    On a les chérubins pour jouer et pour rire,
    Et le bon Dieu pour nous aimer;

    Qu'il est doux d'être un coeur qui brûle comme un cierge,
    Et de vivre, en toute saison,
    Près de l'enfant Jésus et de la sainte Vierge
    Dans une si belle maison!

    Et puis vous n'aurez pas assez dit, pauvre mère,
    A ce fils si frêle et si doux,
    Que vous étiez à lui dans cette vie amère,
    Mais aussi qu'il était à vous;

    Que, tant qu'on est petit, la mère sur nous veille,
    Mais que plus tard on la défend;
    Et qu'elle aura besoin, quand elle sera vieille,
    D'un homme qui soit son enfant;

    Vous n'aurez point assez dit à cette jeune âme
    Que Dieu veut qu'on reste ici-bas,
    La femme guidant l'homme et l'homme aidant la femme,
    Pour les douleurs et les combats ;

    Si bien qu'un jour, ô deuil ! irréparable perte !
    Le doux être s'en est allé !... -
    Hélas ! vous avez donc laissé la cage ouverte,
    Que votre oiseau s'est envolé !

      Victor HUGO  

    Chant sur le berceau

    Je veille. Ne crains rien. J'attends que tu t'endormes.
    Les anges sur ton front viendront poser leurs bouches.
    Je ne veux pas sur toi d'un rêve ayant des formes
    Farouches ;
    Je veux qu'en te voyant là, ta main dans la mienne,
    Le vent change son bruit d'orage en bruit de lyre.
    Et que sur ton sommeil la sinistre nuit vienne
    Sourire.
    Le poète est penché sur les berceaux qui tremblent ;
    Il leur parle, il leur dit tout bas de tendres choses,
    Il est leur amoureux, et ses chansons ressemblent
    Aux roses.
    Il est plus pur qu'avril embaumant la pelouse
    Et que mai dont l'oiseau vient piller la corbeille ;
    Sa voix est un frisson d'âme, à rendre jalouse
    L'abeille ;
    Il adore ces nids de soie et de dentelles ;
    Son coeur a des gaîtés dans la fraîche demeure
    Qui font rire aux éclats avec des douceurs telles
    Qu'on pleure ;
    Il est le bon semeur des fraîches allégresses ;
    Il rit. Mais si les rois et leurs valets sans nombre
    Viennent, s'il voit briller des prunelles tigresses
    Dans l'ombre,
    S'il voit du Vatican, de Berlin ou de Vienne
    Sortir un guet-apens, une horde, une bible,
    Il se dresse, il n'en faut pas plus pour qu'il devienne
    Terrible.
    S'il voit ce basilic, Rome, ou cette araignée,
    Ignace, ou ce vautour, Bismarck, faire leur crime,
    Il gronde, il sent monter dans sa strophe indignée
    L'abîme.
    C'est dit. Plus de chansons. L'avenir qu'il réclame,
    Les peuples et leur droit, les rois et leur bravade,
    Sont comme un tourbillon de tempête où cette âme
    S'évade.
    Il accourt. Reviens, France, à ta fierté première !
    Délivrance ! Et l'on voit cet homme qui se lève
    Ayant Dieu dans le coeur et dans l'oeil la lumière
    Du glaive.
    Et sa pensée, errante alors comme les proues
    Dans l'onde et les drapeaux dans les noires mêlées,
    Est un immense char d'aurore avec des roues
    Ailées.


    Victor HUGO (1802-1885)
    (Recueil : L'art d'être grand-père)

    Trois poésies entre autres


    Abîme - La Voie Lactée

    Millions, millions, et millions d'étoiles !
    Je suis, dans l'ombre affreuse et sous les sacrés voiles,
    La splendide forêt des constellations.
    C'est moi qui suis l'amas des yeux et des rayons,
    L'épaisseur inouïe et morne des lumières,
    Encor tout débordant des effluves premières,
    Mon éclatant abîme est votre source à tous.
    O les astres d'en bas, je suis si loin de vous
    Que mon vaste archipel de splendeurs immobiles,
    Que mon tas de soleils n'est, pour vos yeux débiles,
    Au fond du ciel, désert lugubre où meurt le bruit,
    Qu'un peu de cendre rouge éparse dans la nuit !
    Mais, ô globes rampants et lourds, quelle épouvante
    Pour qui pénétrerait dans ma lueur vivante,
    Pour qui verrait de près mon nuage vermeil !
    Chaque point est un astre et chaque astre un soleil.
    Autant d'astres, autant d'immensités étranges,
    Diverses, s'approchant des démons ou des anges,
    Dont les planètes font autant de nations ;
    Un groupe d'univers, en proie aux passions,
    Tourne autour de chacun de mes soleils de flammes ;
    Dans chaque humanité sont des coeurs et des âmes,
    Miroirs profonds ouverts à l'oeil universel,
    Dans chaque coeur l'amour, dans chaque âme le ciel !
    Tout cela naît, meurt, croît, décroît, se multiplie.
    La lumière en regorge et l'ombre en est remplie.
    Dans le gouffre sous moi, de mon aube éblouis,
    Globes, grains de lumière au loin épanouis,
    Toi, zodiaque, vous, comètes éperdues,
    Tremblants, vous traversez les blêmes étendues,
    Et vos bruits sont pareils à de vagues clairons,
    Et j'ai plus de soleils que vous de moucherons.
    Mon immensité vit, radieuse et féconde.
    J'ignore par moments si le reste du monde,
    Errant dans quelque coin du morne firmament,
    Ne s'évanouit pas dans mon rayonnement.

    Les Nébuleuses

    A qui donc parles-tu, flocon lointain qui passes ?
    A peine entendons-nous ta voix dans les espaces.
    Nous ne te distinguons que comme un nimbe obscur
    Au coin le plus perdu du plus nocturne azur.
    Laisse-nous luire en paix, nous, blancheurs des ténèbres,
    Mondes spectres éclos dans les chaos funèbres,
    N'ayant ni pôle austral ni pôle boréal :
    Nous, les réalités vivant dans l'idéal,
    Les univers, d'où sort l'immense essaim des rêves,
    Dispersés dans l'éther, cet océan sans grèves
    Dont le flot à son bord n'est jamais revenu ;
    Nous les créations, îles de l'inconnu !

    L'Infini

    L'être multiple vit dans mon unité sombre.

    Dieu

    Je n'aurais qu'à souffler, et tout serait de l'ombre.

    Victor HUGO

    Chanson de Victor HUGO

    L'âme en fleur

    Si vous n'avez rien à me dire,
    Pourquoi venir auprès de moi ?
    Pourquoi me faire ce sourire
    Qui tournerait la tête au roi ?
    Si vous n'avez rien à me dire,
    Pourquoi venir auprès de moi ?

    Si vous n'avez rien à m'apprendre,
    Pourquoi me pressez-vous la main ?
    Sur le rêve angélique et tendre,
    Auquel vous songez en chemin,
    Si vous n'avez rien à m'apprendre,
    Pourquoi me pressez-vous la main ?

    Si vous voulez que je m'en aille,
    Pourquoi passez-vous par ici ?
    Lorsque je vous vois, je tressaille :
    C'est ma joie et mon souci.
    Si vous voulez que je m'en aille,
    Pourquoi passez-vous par ici ?

    VH dans les Contemplations

    VHVHVHVHVHVHVHVHVHVHVHVHVHVHVHVHVHVHVHVHVHVHVH

    PARENTHESE

    Trois poésies entre autres

    Tous ces renseignements viennent de wikipedia où vous trouverez, résumés beaucoup d'autres éléments importants sur la vie de l'Auteur.

    Victor Hugo a vécu 15 ans en exil à Guernesey.

    En 1851, à la suite du coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III, Victor Hugo est contraint à s'exiler de France. Après Bruxelles (1852), il s'installe à Jersey (1852-55), où il écrit les Châtiments, 98 poèmes qui décrivent sa colère et son indignation face au régime de Napoléon III, qu'il appelle « Napoléon le petit ». En octobre 1855, les autorités de Jersey expulsent Victor Hugo. Il quitte Jersey pour Guernesey, une île plus petite et plus sauvage que Jersey.

    Pendant ses 15 ans d'exil à Guernesey, Victor Hugo a produit quelques-unes de ses plus grandes œuvres : Les Contemplations, La Légende des siècles, Les Travailleurs de la mer et terminé la rédaction des Misérables.

    À Guernesey, Victor Hugo s'installe rue Hauteville à Saint-Pierre-Port. En avril 1856, le succès des Contemplations lui permet d'acquérir une grande maison dans la même rue, qui donne sur la mer. Il la baptise « Hauteville House ». Il y vit avec sa femme Adèle, ses enfants adultes Charles, François-Victor et Adèle. Sa maitresse Juliette Drouet s'installe dans la même rue.

    Malgré l'amnistie accordée aux proscrits républicains par Napoléon III en août 1859, Victor Hugo se refuse à regagner la France. Il publie en septembre La Légende des siècles.

    En mars 1861, pour la première fois, il se rend en Belgique. Il voyagera avec Juliette Drouet tous les ans sur le continent (Belgique, Luxembourg, Ardennes, Pays-Bas, Allemagne).

    La famille de Victor Hugo supporte difficilement cet exil. Sa fille Adèle tombe gravement malade dès son arrivée et montre des signes de dépression. Elle s'enfuit au Canada en 1863 et finira ses jours dans un hôpital psychiatrique. Charles s'installe à Paris en 1861 puis à Bruxelles où sa mère Adèle et son frère François-Victor viendront le rejoindre en 1865. Victor Hugo demeurera à Hauteville avec sa belle-sœur.

    En 1866, il rend hommage au peuple de Guernesey dans son roman Les Travailleurs de la mer. Il écrit en dédicace :

    « Je dédie ce livre au rocher d'hospitalité et de liberté, à ce coin de vieille terre normande où vit le noble petit peuple de la mer, à l'île de Guernesey, sévère et douce, mon asile actuel, mon tombeau probable. »

    Victor Hugo quitte finalement Guernesey le 5 septembre 1870 pour la France, après la proclamation de la République et la formation du gouvernement provisoire. Il aura passé 19 ans en exil.

    Il reviendra à Guernesey en compagnie de Juliette Drouet en 1872/73, 1875 puis une dernière fois en 1878.

     

    Trois poésies entre autres

     

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  • Commentaires

    2
    Vendredi 15 Juillet 2016 à 08:29

    cette époque est révolue mais nous allons vers le pire. Merci de votre passage.

    1
    Vendredi 15 Juillet 2016 à 07:12

    Si à cette époque, les poèmes rapportaient pas mal, grâce à la défiscalisation Victor Hugo aurait pu se payer deux maisons dans les Dom Tom sous la loi Duflot.

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