• Pierre de Mac Orlan - quelques nouvelles datant des années 20.

    Pierre Mac Orlan de l'Académie Goncourt, né Pierre Dumarchey le 26 février 1882 à Péronne et mort le 27 juin 1970 à Saint-Cyr-sur-Morin, est un écrivain français.

    Pierre de Mac Orlan - quelques nouvelles datant des années 20.

    Pierre de Mac Orlan - quelques nouvelles datant des années 20.

    J'ai beaucoup aimé lire ses oeuvres complètes édition établie par Gilbert Sigaux. Je me suis arrêtée à trois nouvelles écrites à peu près vers les années 1920, elles sont savoureuses et je prends un grand plaisir à en partager la lecture avec vous.

    Pierre de Mac Orlan - quelques nouvelles datant des années 20.

    Dans Contes de la pipe en terre - La sirène du Nord

    On m'a dit, déclara Mathieu Portius, ou plutôt j'ai lu dans les livres que les sirènes vivaient dans les mers du Sud, de préférence entre Caprée et la Côte.

    Pourtant, moi, terreneuva, fils de terreneuvas et patron d'un trois-mâts barque, je puis affirmer le contraire, par tous les Pardons de la Bretagne et d'ailleurs. 

    C'était un soir de cafard, à Brest ; dans l'estaminet nous étions quatre de même moralité, mais peu enclins à prendre la responsabilité d'une histoire, et moins encore à l'approuver. Pourtant, Portius poursuivit son idée.

    - C'était dans les eaux froides, j'étais parti en qualité de matelot avec un capitaine qui avait autrefois habité le carré de l'Hypothémus, un joli clipper, et, comme j'étais patron de doris, on m'avait descendu dans le brouillard pour relever un chalut. Je me souviendrai toujours de ce temps : le brouillard aurait déconcerté une voyante et l'on avait l'impression que la tête s'enveloppait dans une gare à protéger les suspensions.

    " Donc, je relevais les filets et tout à coup j'amène, non pas un cabillot, ni rien d'un poisson entier, mais un demi-poisson, un poisson-femme, une jolie sirène du Seigneur, parée de tous ses agréments. " Bien, que je dis, ce sera pour le Muséum ", et j'enfermai la petite demi-femme dans un grand bocal en verre qui me servait à élever des baleines rouges pour mettre autour des jets d'eau, jusqu-là, mes camarades, ce fut parfait. Cependant, le malheur tomba sur moi comme un pot de fleurs du septième étage. J'eus le tort de devenir amoureux de ma pêche.

    " Le châtiment ne fut pas long. Je pris salement le quart pour elle et pour elle, j'accumulai toute la série des blagues d'usage. La petite suivit la règle ; elle me trompa avec un autre patron de doris, puis avec un autre, et chaque fois je l'aimais davantage, et c'étaient les plaisirs de l'enfer avant le temps fixé.

    " Bref, elle partit avec un marchand de merveilles qui faisant la Chine et Amsterdam. Après tout, ce n'était qu'une sale petite sirène ".

    Portius s'arrêta et tira sur sa pipe, tandis que sa pomme d'Adam marchait comme un piston. 

    Alors nous nous levâmes pour sortir et Garwell, de Glasgow, traduisit l'opinion générale en lui posant la main sur l'épaule et en lui disant : " Allez, mon vieux, votre sirène, voyez-vous, votre sirène pêchée dans les bancs du Nord, eh bien, ce n'était qu'une morue, et ces messieurs sont de mon avis ".

    Pierre de Mac Orlan - quelques nouvelles datant des années 20.

    Contes de la pipe en terre - Comme une nymphe -

    L'Allemand essuya ses lunettes d'or. C'était un vieillard aimable et païen, vêtu de vert bouteille, coiffé d'un chapeau mou orné d'une plume de tétras, et végétarien au point de ne manger que des racines grecques. 

    Il raconta d'une voix tranquille ce qui va suivre, et son attitude dans le parc complice était celle d'un homme qui a connu les dieux et qui ne peut véritablement pas s'en féliciter.

    - Elle, Monsieur, c'était ma petite Léda, et je l'avais consacrée nymphe. Elle vivait dans ce beau décor, dansant en tunique blanche sur l'immortel raygrass de cette prairie d'agrément. Elle me charmait par sa grâce de petite naïade qui ne sait rien de rien, pas même le nom des arbres qu'elle appelait : frères !

    " Ce bonheur mythologique m'échappa des mains et mon trop grand souci de la prepreté parut sans doute un anachronisme par rapport à cette évocation.

    " Il advint, monsieur, que Léda découvrit ce petit lac et, naturellement, en se penchant entre les roseaux, elle aperçut sa jolie figure rose que l'onde reflétait. Surprise, apeurée, elle se rassura, se tira la langue et poussa la curiosité jusqu'à poser son doigt sur l'image qui lui révélait à la fois et l'eau et les miroirs. L'image se dissipa et la petite Léda de jour en jour s'enhardit et s'initia aux mystères du lac, au point de plonger du haut du rocher et de nager ensuite en poursuivant les libellules.

    " Moi, durant ces jeux, j'adressais des remerciements à Zeus qui, dans sa puissance, me permettait de revivre sous un ciel de l'Olympe avec ses accessoires.

    " ça pouvait durer, monsieur, mais il en fut autrement. Léda, les cheveux dénoués, vint - mon Dieu pourquoi ? - frapper à la porte de mon cabinet de travail que Dorothée, ma vieille bonne, venait de passer à l'encaustique et à la paille de fer. J'ouvris à la jeune fille qui, devant le sanctuaire des livres, mit un doigt sur sa bouche n'osant avancer d'un pas.

    " - Allons, dis-je, venez, Léda, ma chérie ! Chose étonnante, la jeune nymphe ne voulait point avancer, se cramponnant au tapis avec une résolution farouche.

    " Et je la vis, Monsieur, se pencher sur le parquet brillant comme un miroir ; elle y découvrit sa figure et se sourit avec complaisance. L'attitude gracieuse de la demi-déesse me ravissant, bougre de Prométhée à la manque que j'étais, hoqueta Fuchs dans un sanglot.

    " Oui, monsieur, quand la petite fut lasse de se mirer, elle grimpa sur un escabeau de sept mètres de hauteur et qui me servait à atteindre les derniers rayons de ma bibliothèque. Je la vis grimper comme une vraie petite faunesse reconstituée, puis, Seigneur ! elle allongea les bras, fléchit sur les jarrets et plongea la tête la première sur mon parquet trop ciré, ce parquet ciré où elle avait aperçu son image et que, dans son ignorance de la stupidité humaine, elle avait confondu avec le miroir profond du lac où elle s'ébattait.

    " Le temps de fermer les yeux, ma nymphe était à terre, aplatie, étalée comme une crêpe. Je voulus la relever, mais la jeune fille venait d'acquérir la connaissance des choses, elle me coula un sale regard et s'en alla.

    " Elle partit, conclut Fuchs, elle partit sans un mot de remerciement, et maintenant, m'a-t-on dit, elle vend ce que la morale réprouve, dans un port du Sud, où les matelots, les soldats et les autres, de professions diverses, sont tous d'accord pour l'appeler : Paméla ".

    Pierre de Mac Orlan - quelques nouvelles datant des années 20.

    Les bourreurs de crâne - Peau d'Âne -

    En lisant les contes charmants qu'écrivit Perrault entre deux devis d'architecte, j'ai souvent rêvé à cette mélancolique figure de jeune fille qui jusqu'à l'arrivée du prince Charmant changea sa situation de demoiselle de qualité contre celle plus modeste de fille de ferme, du nom de Peau-d'Âne. On l'appelait Peau-d'Âne pour avoir su échapper à l'amour coupable de son père en exigeant la mort d'un âne, plus fameux que l'ânesse de Balaam et qui, chaque matin, couvrait sa litière de nombreux louis d'or.

    Ainsi l'étrange destinée de cette petite fille infiniment gracieuse voulait qu'au lieu de parer son état civil d'un nom de fleur elle empruntât celui d'un ânon disgracieux. Toute jeune alors qu'elle n'était encore qu'un bébé, on l'avait surnommée Peau-de-Pêche, car ses joues étaient roses et duvetées comme ce fruit délicat. Ce ne fut qu'après la mort de l'âne en question qu'elle prit ce nom de Peau-d'Âne.

    Gardeuse d'oies, elle aspirait, sous les saules, à la venue du chevalier prédestiné qui la sortirait de cette humble condition, et comme, de gardeuse d'oies, ses maîtres la promurent aux fonctions de chambrière, Peau-d'âne fut appelée Peau...-de-Chambre par les valets. 

    On connaît l'histoire : comment le fils du roi la rencontra, l'aima et l'épousa. Ordinairement les gens heureux n'ont pas de légende. C'est ce qui arriva pour la trop jolie fille de ferme. Le soir même de ses noces, elle disparut. Le fils du roi la chercha partout. A droite, à gauche, dans tout le royaume, on interrogeait les uns et les autres :

    - Bonnes gens ! N'avez-vous pas vu notre reine ? Personne ne l'avait vue. Et par un curieux hasard du destin qui semble s'acharner sur ceux qu'il a pourvus d'un sobriquet, si l'on ne trouva ni Peau-de-Pêche, ni Peau-d'Âne, ni Peau-de-Chambre, on trouva tout au moins Peau-de-Balle, qui, de l'avis d'un savant à lunettes, n'était peut-être qu'un quatrième surnom qu'une fée importune avait voulu imposer à cette fabuleuse petite bergère de conte.

    Pierre de Mac Orlan - quelques nouvelles datant des années 20.

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