• Les fous de bassan de Anne Hébert

     Les fous de Bassan est un roman écrit par Anne Hébert publié en 1982 aux éditions du seuil. Il a reçu la même année le prix Fémina.

    Les fous de bassan de Anne Hébert

    Edité Atelier Michel Méline ici chez France-Loisirs.

    Anne Hébert, née le 1er août 1916 à Sainte-Catherine de Fossambault, et morte le 22 janvier 2000 à Montréal, est une écrivaine, poétesse et scénariste québécoise. Le site d'Anne Hébert est ICI.

    RESUME sur la jaquette du livre.

    Refusant l'indépendance américaine, ils s'étaient exilés là, entre cap Sec et cap Sauvagine, une terre du Québec, dure, sauvage, battue par les vents, avec des étés " rognés aux deux bouts par le gel ". Ils vivaient tranquilles, à Griffin Creek. Les Jones, les Brown, les Atkins et les MacDonald. Petit peuple d'élus. Mais le temps a passé. Il a pourri, moisi, les maisons et les hommes. Le vent aussi joue son rôle dans cette histoire. Le vent qui rend fou sur cette côte aride ; sa voix lancinante, son haleine salée... Et il a suffi d'une seule nuit, en cet été de 1936, pour que se déchire l'histoire avec le double meurtre des petites Atkins. Jeunes filles trop troublantes, trop belles pour les hommes de cette petite communauté, abêtis, marqués par la consanguinité. Le meurtre est raconté - journal, lettres, souvenirs, pensées et omissions - six fois par les acteurs du drame, dont le meurtrier...

    Il s'agit pour moi d'une re-lecture aucun souvenir ne m'est revenu durant ma lecture, je n'avais pas apprécié cette belle écriture j'avais complètement zappé cette histoire.

    Oublié dans ma bibliothèque depuis des lustres j'ai découvert avec un regard différent ce grand roman de Anne Hébert qui décrit si bien cette terre, cette mer, cette côte et ses habitants vivant en autarcie et constamment balayés par les vents et les tempêtes. Les Jones, Brown, Atkins, Mac Donald.. descendants de familles protestantes très pauvres se souviennent de cette nuit terrible
    du 31 août 1936 où Nora et Olivia ont été tuées. Un roman, un journal, une correspondance, où nous sont livrées six versions, six histoires différentes selon le ressenti, le regard de son auteur y compris de l'assassin lui-même, mais j'aurais tendance à dire que tous les protagonistes ont leur part de responsabilité dans cette terrible fin.
    La puissance des éléments, ainsi que l'abasourdissement des cris des fous de Bassan, l'influence blasphématoire des familles originelles, tiennent une place essentielle dans ce drame épouvantable résultat de passions folles et d'unions consanguines au sein de cette communauté obscure et hermétique de Griffin Creek où le pasteur lui-même rongé par le remord s'atrophie à petits feux sous les yeux vides de jumelles qu'on dirait dégénérées parce qu'absolument soumises à ses inconstances de vieillard coupable.
    Au fil des pages nous sombrons dans des abîmes de violence, de désirs interdits, de haine, de rancoeur, de désespoir menant à la folie.
    L'écriture est vraiment sublime car très poétique dans ce contexte épouvantable.. " un peu de soleil dans l'eau froide " ce titre d'un autre roman très connu s'accorderait parfaitement je trouve
    à l'atmosphère plus que trouble, poignante et douloureuse, décrite admirablement par Anne Hébert. 

    Extrait des Letres de Stevens Brown à Michael Hotchkiss été 1936 page 86

    ... De jour en jour, la lumière change, s'achemine vers l'automne. Certains instants de fin d'été, dans ce paysage âpre, atteignent une plénitude incroyable, une précision folle. Chaque sapin noir, fouillé de lumière, ses moindres branches, ses aiguilles, détaché de ses voisins (eux-mêmes détachés et fouillés), rendu unique par la lumière qui le saisit à bras-le-corps, le presse et l'exprime, l'exalte sur le ciel d'un bleu cru, tandis que le bleu du ciel bascule sur la mer, à grandes foulées bleues, frangées de blanc. Au-dessus de la mer, entre la mer et le ciel, tendue comme une bâche remuante et vrombissante, une multitude d'oiseaux blancs, bruns, gris, aux cris assourdissants. Des touffes d'herbes marines piquent à travers le sable, s'agitent dans le vent, saisies par des tourbillons incessants. Au creux des rochers rougeâtres des flaques d'eau dormante, vert olive, oubliées par la marée. Perceval se penche sur ces flaques, immobile, quasiment pétrifié d'attention. De temps en temps, d'un petit mouvement sec de sa grosse main enfantine, il empoigne un minuscule poisson, appelé queue de poêlon. Et moi, Stevens Brown, je regarde la mer, comme si je ne l'avais jamais vue. Dans cette eau qui moutonne, dont chaque vague moutonne et crépite, pareille à des balles de fusil, mille balles de fusil lâchées ensemble, une muraille crépitante qui se forme, monte, atteint son sommet, s'affaisse aussitôt, écumante sur le sable, mourant sur le sable, en un petit filet d'écume, tel un crachat blanc ...

    Extrait du livre de Nora Atkins été 1936 pages 109/110 :

    ... Vue d'ici, en contrebas, la mer semble immobile, à peine ridée en surface, alors qu'on sait bien, pour l'avoir regardée de près si souvent, quels creux profonds, quels pics neigeux naissent et meurent à chaque instant sur son dos énorme, au gré du vent et du remuement profond de l'abîme.
    " Le Seigneur est mon berger "
    Mieux qu'une bouffée d'encens l'embrun baigne l'église, imprègne de sel les stalles de sapin et jusqu'à nos mains jointes. La mer, telle qu'on peut l'apercevoir au loin, à peine frisée sur le dessus, compacte et calme par en dessous, pourrait-on croire, nul n'ignore, pour l'avoir fréquentée depuis l'enfance, le roulement profond de son coeur, également perceptible à notre poignet, dans son battement vivace. Tous ces gens assemblés dans la petite église avec leurs mains jointes, leurs bouches ouvertes, chantent et psalmodient, feignent d'ignorer le flux et le reflux sauvage de leurs âmes de baptisés ...

    Un livre à lire absolument

    Les fous de bassan de Anne Hébert

     

    Tempête

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