• Le temps d'un soupir de Anne Philipe

    Une relecture que je conseille.

    Le temps d'un soupir de Anne Philipe

    Edité ici chez Julliard

    Je pensais en relisant ces magnifiques pensées à Michèle Perret et à ses interventions parfois douloureuses sur fb et puis aussi à ma charmante petite créatrice dont je partage souvent les nouveautés avec un plaisir non dissimulé... Surmonter l'absence d'un être cher est un long travail sur soi.. Je pense à quelques amies très touchées par le drame d'une disparition.

    Le temps d'un soupir - Anne Philipe - Anne Philipe a accompagné son mari Gérard Philipe jusqu'à son dernier souffle. C'est un monologue particulièrement émouvant. Elle dit sa solitude et sa douleur dans un présent qui lui semble impossible à vivre sereinement et pourtant.. 

    P.54 - ... Le désert, plus qu'aucun autre paysage, donne la liberté de l'imagination. Un arbre au bord de la piste, un couple d'oiseaux dans le ciel témoignent plus de la vie que la plus verte vallée. Je te parlais, ou nous chevauchions côte à côte sans prononcer une parole. Quand mon rêve s'évanouissait et que je me retrouvais privée de ta présence, je n'en éprouvais aucune tristesse. Tu existais, nous nous étions rencontrés, qu'importait le reste. Nous n'étions pas encore accordés, tout restait à construire... Je me croyais hors du cycle " malheur-bonheur ". J'ignorais que c'était le bonheur même qui me donnait cette assurance. Je le respirais aussi naturellement que l'air.

    P. 72 - ... C'était notre dernier voyage, ton ultime visite aux lieux que nous aimions. Plus jamais nous ne marcherions ensemble dans Paris, plus jamais nous n'éprouverions le sentiment d'être chez nous, une fois franchis le carrefour du Bac ou la place Saint-Michel par où nous passâmes ce jour-là. Les centaines de matins ensoleillés où nous faisions le trajet en sens inverse me remontèrent en mémoire. Nous débouchions de la rue Bonaparte et recevions chaque fois avec le même émerveillement et la même fierté la beauté des bords de la Seine. Comment appeler cette couleur du ciel, ni bleu ni blanc ni gris ni doré et de tout un peu à la fois, mais avec en plus cette vibration douce de la lumière, ce scintillement satiné qui donne à ce paysage de pierre, aux courbes des arches et du fleuve, une grâce comme méritée, inséparable de l'esprit et de l'intelligence. Nous suivions les quais jusqu'au Trocadéro et parfois, quand nous n'étions pas en retard, nous nous arrêtions pour regarder cette splendeur, comme cela, à la sauvette, parce que la vie est ainsi faite, qu'à Paris on se déplace toujours pour aller d'un endroit à un autre et non pour aller nulle part, le nez au vent, les mains dans les poches. Chaque année, nous nous promettions de garder du temps que l'on appelle si injustement perdu mais dès que nous étions là, la vie nous happait, nous étions pris dans l'engrenage, et une longue promenade à pied devenait un événement presque plus rare qu'un grand voyage...

    Anne et Gérard Philipe.. promenade

    Le temps d'un soupir de Anne Philipe

    P.81 - ... Il m'est encore difficile de vivre le présent, j'y adhère rarement sans faire d'effort. Quand nous parlions de la mort, nous pensions que le pire était de survivre à l'autre ; je ne sais plus, je cherche et la réponse varie suivant les jours. Quand je suis prise à la gorge par une bouffée de printemps, quand je regarde vivre nos enfants, chaque fois que je touche la beauté de la vie et que pendant un instant j'en jouis sans penser à toi... je pense que de nous deux tu es le sacrifié. Mais quand je suis engluée dans la peine, diminuée par elle, humiliée, je me dis que nous avions raison et que mourir n'est rien. Je me contredis sans cesse. Je veux et ne veux plus souffrir de ton absence. Quand la douleur est par trop inhumaine et apparaît sans fin possible, je veux être apaisée, mais chaque fois que tu me laisses un peu de repos, je refuse de perdre notre contact, de laisser nos derniers jours et nos derniers regards s'estomper au profit d'une certaine sérénité et d'un amour de la vie qui me reprend, presque à mon insu. Et ainsi, sans me reposer jamais, sans m'arrêter, j'oscille d'un point à l'autre avant de retrouver un équilibre sans cesse menacé. Il en sera longtemps ainsi. Je l'accepte...

    Le temps d'un soupir de Anne Philipe

    Comme une soie fragile brutalement fendue de haut en bas, cette horrible douleur lacérante, et, dans la conscience obscurcie, quels torrents, quelles cataractes, quelles avalanches, quels naufrages, quels incendies, quelles laves, quelles ténèbres autour de l'absence soudaine et vrillante d'un être aimé, de l'être uniquement aimé ! 

    Citation de André Pieyre de Mandiargues dans : Les sang de l'agneau.

     

     

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