• Le papillon ensablé de Maïa ALONSO

    LE PAPILLON ENSABLE

    Vous pouvez vous procurer ce roman, en direct sur la page facebook de l'Auteure elle-même ou pouver aussi par son blog dont j'ai intégré le lien dans le livre dessous, vous pouvez bien sûr le commander à votre libraire habituel.

    Le papillon ensablé de Maïa ALONSO

    de Maïa ALONSO aux Editions ATLANTIS

    Maïa ALONSO qui vit en Gascogne après une jeunesse nomade entre Mascara, Toulouse, Londres et Paris a publié trois romans : L'odyssée de Grain de Bled en terre d'Ifriqiya en 2013. Le soleil colonial - Au Royaume des cailloux en 2014 qui fut couronné du prix Terre d'Eghriss la même année que sa parution et Les enfants de la Licorne en 2015 (éléments, s'il est besoin de le signaler, repris au verso de son dernier ouvrage).

    Il s'agit d'un roman troublant, surprenant autant qu'envoûtant. Un roman d'amour éternel et sans faille. Un roman d'amour profond et le regret impérissable d'un pays perdu.

    C'est une grande et belle histoire qui nous est contée avec beaucoup de poésie, au fil du temps et des maux qui passent ou ne passent pas. La grande Histoire de Maïsée et d'Adrien. Je classerai ce livre dans la catégorie des romans psychologiques de par les pensées développées jusqu'au plus profond de l'être, tous les personnages, toutes les actions sont décortiquées, l'esprit humain est surprenant parfois. Le lecteur suit Maïsée, Adrien, Hélène et chaque protagoniste qui se baladent entre la vie et la mort, entre le rêve et cette réalité parfois dérangeante mais toujours aussi troublante.

    Tout commence donc par Maïsée/Isabelle, une enfant perturbée par les horreurs de la guerre d'Algérie. Ces terribles événements qui ont pris formes et apparences nocturnes et malsaines dès que les nuits viennent, qui ont pris formes physiques presque oui, lors de son arrachement à sa terre natale qu'elle a profondément aimée, l'Algérie d'avant.
    C'est une enfant mortifiée comme tant d'autres hélas à cette époque d'un rapatriement si mal vécu, Maïsée une déracinée de corps, du cœur et de l'esprit. Sa grande sœur Hélène surnommée Malionne par la fillette fait ce qu'elle peut pour rassurer sa petite sœur, pour apaiser ses terreurs nocturnes, mais rien n'y fait, elle est très fragilisée mentalement et ne peut se résoudre à vivre ailleurs que sur sa terre natale...

    La fin brutale de ses petites années algériennes a perturbé son développement d'adulte. Elle va pourtant épouser Adrien, le bel Adrien, le gentil Adrien qui héberge la famille à Loubet. (toutes les descriptions des paysages sont magnifiques et quelque soit l'endroit).
    ... page 62 ... - Que voudrais-tu faire plus tard, Maïsée ?
    - Je veux être grande. Devenir une flèche pour unir le ciel et la terre à jamais. Et puis changer mes ailes de sable en ailes de lumière.

    ... page 65 ... - Maïsée n'aimait pas évoquer l'Algérie. N'ayant pas la maîtrise de ses émotions, elle refusait de soumettre sa vulnérabilité au regard étranger. D'ailleurs, tout ce qui n'était pas son enfance au bled n'avait aucune chance de se modeler un jour en un souvenir. Les quinze années de sa vie là-bas ne seront jamais classées dans la rubrique passé, mais continueront de se conjuguer au présent.... Pourtant, Maïsée est bien partie de l'autre côté des apparences. Elle n'a pu survivre aux ruines du rêve. Est-ce une raison suffisante ? N'y a-t-il pas autre chose qui la dépasse ? Qu'elle seule connaissait ?

    Puis le temps passe et Maïsée aime profondément Adrien, son affection pour lui c'est transformée en amour mais lui, l'a aimée si jeune encore.. que plus tard il ne pourra se résoudre jamais à consommer ce mariage d'amour pur.

    Maïsée ne peut pas vivre sans Adrien, Adrien ne peut pas vivre sans Maïsée qui a grand besoin d'un soutien psychologique. Un jour à Hossegor où Adrien a loué une villa pour quelques jours de vacances (il l'a rejoindrait plus tard) Hélène vient retrouver sa petite sœur en perdition, cette chère petite sœur que tout ramène au sable, à la mer inévitablement qui la sépare de sa terre natale, cette petite sœur qui se débat dans ses souvenirs tel un papillon ensablé. La mer l'envoûte.

    Elle disparaît alors qu'Adrien ne les a pas rejointes encore. Elle disparaît, alors que les craintes d'un geste de folie de sa part est présagée depuis un moment déjà..

    ... page 71 à Loubet ... - Mais Maïsée faisait partie du peuple errant, cette race de nomades malgré soi qui, privés de leurs racines originelles, ne savent plus s'ancrer dans le sol...
    et Maïsée déjà attirée par Adrien a grandi, elle épousera Adrien malgré leur grande différence d'âge, malgré certaines résistances très intimes d'Adrien, puis elle écrira son amour pour lui et ses émotions dans un petit carnet... page 75 ... Nous voyageons avec des mots et pourquoi pas. N'importe où, il nous suffit d'être ensemble et nous voguons bien au-delà de l'amour. Au-delà du geste charnel... Liberté absolue de nos âmes enchâssées en arabesques. Toi, ma désirance. Tendresse, complicité, extase.

    Plus tard, nous suivons Adrien seul à Loubet imprégné tout entier de la présence de son grand amour envolé on ne sait où.

    Rachid entre " en scène " à ce moment et Rachid est le début d'une autre histoire..
    Le lecteur navigue entre le rêve, l'irréel  et la réalité, à lui d'imaginer...
    Adrien disparaît lui aussi.. a-t-il rejoint sa chère Maïsée ?

    Les années passent encore. Nous suivons Hélène Vega/Malionne, vieillie et murée désormais dans sa tristesse, dans un monde de souvenirs silencieux, sur l'île de Noirmoutier. Une pension de famille " une demeure plantée sur le rocher surplombant la mer : La pension des papillons... Magali décide de la prendre sous son aile afin de l'aider à sortir de sa torpeur, mais Hélène le veut-elle vraiment ? on comprend que non.. " Laissez-moi donc tranquille (pense-t-elle). Je ne dois pas oublier. Il faut que je récite. Là, tout de suite, sinon les mots vont m'échapper. Et alors qui sera ta mémoire, Maïsée ? ".

    Malionne/Hélène détient un lourd secret, elle a en sa possession le carnet de sa petite sœur qu'elle a gardé pour elle après sa disparition et s'en veut profondément de l'avoir dissimulé à Adrien.. Page 109 ... L'être est parti, mais l'amour demeure, implosé. Et je me fais toupie, et je me fais vertige. Je porte les stigmates de toutes les absences qui m'ont conduite à ce "maintenant"... Vivre avec l'absence, ce n'est pas de la nostalgie. L'absence, c'est juste la présence qui se décante en nous attendant...

    Un jour sur l'île, l'appel de la mer est le plus fort. Hélène disparaît à son tour alors qu'on la croit divaguer en apercevant Adrien qui s'approche d'elle...

    Un autre jour, loin bien loin de Paris, Hossegor, Loubet ou de l'île de Noirmoutier, une jeune femme ouvre les yeux ... est-elle morte ? où se trouve-t-elle à présent ? page 116 ... Elle ouvrit les yeux. Toujours le même décor, le même vide brûlant. La même solitude. Étrangement, elle s'y habituait. Cela ne ressemblait à rien de ce qu'elle connaissait... Deux silhouettes en longues robes blanches se tenaient à quelque pas, parlant à voix basse, penchées l'une vers l'autre...

    Où se trouve-t-elle ? mystère... le lecteur le découvrira au fil des pages où le temps va passer curieusement mais aux côtés de Rachid (intégriste - ... page 141 ... L'Islam libérera l'homme de l'emprise des idéologies éphémères et perverses..., si lucide parfois que cela en est troublant, mais emplit d'une affection sincère pour la jeune inconnue) et de sa compagne Karima qui se révélera être une traîtresse dangereuse et terriblement cruelle, elle la regarde d'ailleurs dès son apparition, d'un très mauvais œil. 

    page 121 ... Nous avons grandi ici. Mais cela n'avait rien à voir avec ce que tu vois. C'était un paradis... elle ne sait pas si elle est un fantôme donc si elle est morte ou si elle est toujours vivante..

    Dans le récit on va apprendre qu'elle est probablement rendue à son point de départ enfin celui  de sa famille, celui de ses ancêtres venus s'installer sur cette terre aride au fil des ans adorée, cette terre où ils se sont enracinés et l'auteure nous indique en bas de page qu'il faut se référer à son ouvrage : Le soleil colonial - Au Royaume des cailloux ... effectivement, des noms qui nous sont familiers, des lieux, des situations nous reviennent en mémoire.

    La rencontre avec Baba Antoine ou Père Antoine est surprenante de par ses convictions spirituelles et dévotieuses (intégriste lui aussi, à sa manière)  ...page 167 ... Elle s'était installée dans la vie de quelques familles de ce qu'elle continuait d'appeler le village fantôme. On l'avait adoptée simplement. Elle ne jurait pas dans le paysage... en fait, elle était chez elle tout comme autrefois ?

    Durant toute cette période sur la terre algérienne, on ne sait toujours pas si il s'agit d'un rêve, d'une après-vie ou d'une réalité. La réalité pourrait nous éveiller de part des souvenirs extrêmement violents et la cruauté de cette guerre.

    Il ne faut manquer aucun mot, aucune phrase, aucune page de ce roman, aucune pensée intime de chacun des personnages, le cheminement est important, le nôtre : celui du lecteur car il nous mènera à réaliser le mystère des disparitions dans les dernières pages seulement. Le lecteur est suspendu aux mots et aux visions de l'Auteure, à ses plus intimes remarques et pensées.

    Le lecteur doit dépasser ce stade de l'esprit naviguant entre deux mondes étonnants.

    « Il est étrange de songer que, jusqu’à ce jour, je ne puis passer une nuit sans grands effrois du feu ; et cette nuit même, je ne pus fermer l’œil avant deux heures du matin, ma pensée étant obsédée par le feu » citation de Samuel PEPYS.

    .. Page 143 .. Je dois dépasser ce stade. Je dois aller au-delà. Il faut que je comprenne ce qui se passe. Où je suis. Pourquoi j'habite ces visions.. Page 145.. D'un ample mouvement. Maï désignait l'espace qui leur tenait lieu de cocon. Pas un seul emplacement de vide. Tout était grignoté par des sons variés et particuliers, des chants, des crissements. La vie suintait de chaque frôlement de l'air comme une peau gémirait, abandonnée à la tendresse...

    Nous sommes dans ce roman aux frontières du plausible et de l'imaginaire mais toujours imprégnés d'une grande tendresse.

    Dans ce beau roman, moi lectrice je le répète : surtout ne pas sauter un mot, une phrase, ils ont tous une importance capitale, chaque personnage y est, en avançant dans la lecture, éloigné de tout sens logique définitivement ou provisoirement, entremêlé, ensablé, vivant ou mort ou entre deux mondes accessibles seulement par les pensées profondes réelles ou abstraites de chacun...L'Auteure nous mène ailleurs, dans la profondeur des sentiments de chacun des personnages où ils sont analysés avec intensité, violence et tendresse.

    Ce roman est un roman d'Amour avec un grand A.

    - Mais où sommes-nous ? écrit l'Auteure dans ce beau livre, mais où sommes-nous rendus ? ajouterais-je en réalisant, si ce n'est déjà fait, qu'une terre,  dans une période dont on doit transmettre aujourd'hui encore l'absurdité, peut à ce point bouleverser et déstabiliser un être humain et cela jusqu'à la fin de ses jours.

    Ah, les chemins de vie pour beaucoup d'entre nous, sont jalonnés de pierres trop chaudes sur lesquelles nos pieds ont grand peine à se poser bien qu'ils cherchent à prendre racine quelque part dans des ailleurs qu'ardemment nous souhaitons.

    Merci Maïa ALONSO pour ce travail fabuleux de résonance intérieure, un délice à lire avec une petite larme à l'œil parfois. Merci pour cette histoire extra-ordinaire et pour tout ce ressenti sur lequel tu mets des mots si troublants.

    Le papillon ensablé de Maïa ALONSO

    Roman à lire très lentement, à relire et à garder toujours à proximité.

    Prochain rendez-vous de Maïa ALONSO, rendez-vous à ne pas manquer

    Le papillon ensablé de Maïa ALONSO

     (lien du site de Maïa ALONSO intégré)

    Le papillon ensablé de Maïa ALONSO

    Dédicaces à la MEDIATHEQUE DE SAMATHAN ICI

    Le papillon ensablé de Maïa ALONSO

    Lire de LA DEPECHE ICI

    Le soleil de janvier

    Si vous aimez cet article, partagez-le sur Facebook : partagez merci

     

    Pin It

  • Commentaires

    3
    Dimanche 1er Mai 2016 à 19:27

    Merci pour ton passage ici, tu me fais plaisir. Je pensais à toi justement qui sera peut-être ces prochains jours invitée à présenter ton livre à la radio comme tu l'as déjà fait pour tes précédents ouvrages... ce roman n'est pas simple à raconter d'autant que effectivement sa seconde partie nous éclaire sur bien des questions que nous nous posons... et comment en parler sans dévoiler... Merci à toi pour le plaisir que tu donnes toujours à tes lecteurs. Belle fin journée du 1er mai ma chère Maïa.

      • Lundi 2 Mai 2016 à 07:50

        Bonne journée en ce débit de semaine qui nous conduit vers l'Ascension et pour moi à Nîmes, présenter mes livres pour la journée du grand rassemblement de Santa-Cruz...

        Je t'embrasse !

    2
    Dimanche 1er Mai 2016 à 18:32

    Honorée par chacun de tes mots. Tu as lu ces pages avec attention et finesse, et tu as bien su restituer l'atmosphère, ce qui n'est pas facile sans déflorer les "secrets"... J'ai moi-même bien du mal à en parler sans soulever le voile de la seconde partie. 

    C'est en tout cas un livre important pour moi. Les personnages me sont très chers.

    Merci Cat pour m'offrir une telle place dans ton blog !cool

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :