• Le diable dans la peau de Paulette Houdyer

    " Le diable dans la peau " de Paulette HOUDYER.

    Le diable dans la peau de Paulette Houdyer

    Cet excellent ouvrage relate un fait divers affreux et le parcours de deux très jeunes femmes : les sœurs Christine et Léa Papin. Deux employées de maison, auteurs d'un double meurtre effroyable sur leurs patronnes le 2 février 1933 au Mans. Cette lecture n'est pas une première pour moi, je reviens en effet souvent (et c'est vrai) sur la vie de ces « bonnes à tout faire » (nous en avons tous au moins une dans nos familles moi la première). La lecture de cet ouvrage me permet de relativiser la lutte des classes aujourd'hui. Cette histoire oblige à méditer sur la subordination à la limite de l'esclavage des domestiques, une classe sociale normale à cette époque. Si la vie de ces jeunes adultes fut peu enviable leur enfance donne à réfléchir sur l'aboutissant d'une éducation misérable, privée d'affection et brimée.

    Un " fait divers " - deux femmes Christine et Léa Papin - deux victimes Madame et Mademoiselle Lancelin - un lien dans la photo

    Le diable dans la peau de Paulette Houdyer

    Il y a eu un film (Les blessures assassines avec Sylvie Testud - magnifique comédienne comme d'habitude).

    Le diable dans la peau de Paulette Houdyer

    Préface du livre par Frédéric Potcther : Paulette Houdyer nous fait revivre "l'orphelinat" qui a laissé tant de scories diaboliques dans la peau de Christine. Après l'orphelinat, la servitude avec les manies des patronnes, leurs attitudes et leurs douceurs hypocrites... Combien était fort chez ces patronnes des années trente le désir de marquer le fossé qui sépare le domestique de son maître... Cela va très loin parfois...

    Un extrait du livre vraiment bien écrit :

    Chapitre II - Les patrons - page 107 -
    " Mais non, ce n'est pas la mer à boire ! Être domestique, c'est... D'abord, ce n'est pas déshonorant ! répétait Christine à Léa. Ensuite, à douze ans, tu as le temps d'y penser. Mais, je t'assure... Ah, naturellement, ce qu'il y a, quand on est chez les autres, c'est qu'on leur sert de torchon, mais... Eh bien, tu vois ? Ce n'est pas le plus dur. Le plus dur, surtout les premiers mois... Le plus dur était encore de résister aux tentations de la langue. Pour des filles qui avaient été longtemps privées de tout, il faut dire... Dieu, ce que Christine avait pu souffrir de la faim ! Ce n'était d'ailleurs pas de la faim : la patronne la bourrait de pommes de terre, alors... Mettons que cela soit de la gourmandise. Et pourtant.. On n’imagine pas la gourmandise comme ça. Enfin... douloureuse à ce point-là. Phûûuu ! L'estomac plein - " Mais plein, t'entends ? " - Christine salivait - " Là, j'en bavais, hein ? Vraiment !... J'en ba-vais ! " - quand elle passait devant la corbeille de fruits, le confiturier posé sur la desserte, le placard où s'étageaient les tablettes de chocolat Meunier - " Par piles hautes comme ça !... Je n'en avais jamais tant vu à la fois. " - Il lui en venait deux boules dures ici, sous la mâchoire, à croire qu'elle avait rattrapé les oreillons. Deux glandes, quoi ! Qui faisaient mal... Ah, pas qu'un peu ! Non... On en rit après, mais sur le moment... Cela devenait affolant, ce besoin de manger. De manger... C'était peut-être seulement une grosse envie de goûter aux bonnes choses des riches. N'importe. Que ce soit ce que ça voudra, ça ne la lâchait pas. Une chance que sa mère l'ait prévenue : - Ne touche à rien ! Tu as compris ? A RIEN. Il y a des patrons qui comptent jusqu'aux noix.

     

    Chapitre II - Les patrons - pages 169/170 - ... Ce sont les patrons, quoi ! " Comment expliquer ça ? ... Apparemment, il n'y a pas d'explication. Les patrons trouvent cela injuste et, oui, dans une certaine mesure, ça l'est ! Mais... pourtant, si ! Si, il y a une explication. Christine y réfléchit souvent et... Oui, il y a une explication. C'est le fait d'être payé en échange de services qui ne devraient se rendre que par amour. Des services qui ne sont pas achetables !... Se trouver mêlé d'un coup à la vie secrète de gens totalement étrangers, aider Madame à s'habiller, laver son linge le plus intime, repasser les slips de Monsieur, n'est-ce pas indécent ? N'y a-t-il pas là, pour le domestique, une espèce de viol ?... L'amour sanctifie tout. En son nom, il n'est plus de viles ni d'humiliantes besognes, mais sans lui ? L'argent peut acheter les gestes, pas l'âme. " Les patrons estiment toujours nos salaires trop élevés, songeait Christine. " Bonnes ", dans leur bouche, cela signifie : " Bonnes qu'à ça. " Naturellement, pas besoin d'être bachelier pour faire un lit, mais il y a tout ce qu'on se dit, en faisant un lit : " Ah, il faut que je tire bien le drap, au pied, car les plis, c'est désagréable !... Je vais remonter davantage les couvertures. Quand on se retourne, on a les épaules nues et, en ce moment, les nuits sont froides... L'édredon comme ça. Oh, même un peu plus haut ! A l'aube, on le supporte !... Le mouchoir, sous l'oreiller à portée de la main. " Ces réflexions là, qu'est-ce que c'est, sinon de l'amour ? ... Et quand on cuisine : " Un clou de girofle dans le potage, Monsieur en raffole... Peu de sel ! Chacun resalera à son gré. Madame est au régime... Il me reste du lait, je vais proposer à Madame un plat de riz pour les enfants... ". Ce n'est pas de l'amour, ça ?... Seulement, c'est de l'amour acheté, alors... "

     

    Chapitre III - Et maintenant, les dés... - page 226 -

    (parlant de chez les Lancelin, Christine dit à sa soeur Léa) " Nous y sommes bien... " Elle le pensait vraiment. Son besoin de considération trouvait sa pâture chez ses grands bourgeois, orgueilleux certes, mais sans agressivité avec les humbles, le sentiment de leur supériorité impliquant pour eux le devoir d'être justes, respectueux des autres, soucieux de reconnaître leurs efforts, leurs mérites et leurs droits. Plus que tout, Christine appréciait d'être traitée " comme une personne ". Elle avait si souvent répété : " On n'est pas des chiens ! " Ce n'était pas les Lancelin qui demanderaient, avant de reprendre d'un plat : - Elles ont du veau " les deux " ? On peut se resservir ?

     

    Le lecteur se pose des questions ... Etaient-elles folles ces deux jeunes filles au point d'assassiner ? Etaient-elles haineuses envers leurs patronnes ? Etaient-elles sous influence d'une petite enfance épouvantable ? dans le rejet toujours ou presque d'une mère et d'un père indignes ? Un couple, car visiblement il s'agissait bien d'un couple homosexuel, déjà qu'à notre époque ça n'est pas simple à faire accepter par les gens alors dans les années 1900 !!! on peut imaginer le dégoût que ça a dû susciter, oui un couple hors du commun certes mais dont l'horreur du crime fait réfléchir sur le poids des conditions humaines.

     

    Je conseille... le net fourmille de site à leur sujet.

    Tempête

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