• Le bruit des autres de Amy Grace Loyd

    LE BRUIT DES AUTRES. Excellent Premier roman de Amy Grace Loyd

    Le bruit des autres de Amy Grace Loyd

    Premier roman de Amy Grace Loyd - édité chez Stock La cosmopolite et traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch

    Extrêmement prenant ce premier roman est une réussite dans le sens ou j'ai eu du mal à lâcher prise, à le fermer le soir, il est tout le temps resté à mes côtés, je l'ai emmené à mes rendez-vous pour profiter de quelques minutes d'attente dans une salle pour reprendre et ne rien manquer surtout... pour moi c'est un bon point.

    Célia est une jeune veuve (40 ans) qui a hérité à la mort de son époux, d'un immeuble à Brooklyn. Pendant cinq ans elle s'est enfermée sur elle-même à la limite de la folie. Elle survit dans son petit monde loin des autres et loin de leurs bruits grâce à des médicaments, de l'alcool enfin tous produits pouvant la faire planer jusqu'à sentir "vivre" son mari dans elle comme elle le dit si bien, parfois limites ses besoins sexuels l'entraînent dans de terribles situations. Son chagrin est immense mentalement et physiquement. Elle est comme une morte finalement et c'est vrai que ses locataires ont été vraiment bien choisis pour la laisser seule dans son mutisme dans ses délires. Elle s'est tellement repliée sur elle-même qu'elle connaît parfaitement les horaires de chacun, leurs habitudes, le bruit de leurs pas en haut au-dessus d'elle, elle panique lorsque l'un d'entre eux disparaît subitement.

    Puis viens le jour ou Célia va louer l'appartement d'un des locataires (George) à une femme, Hope. Cette femme, divorcée et mère d'une grande fille et d'un grand garçon un jeune homme, cette femme donc est très séduisante mais singulièrement perverse, ses moeurs bruyantes c'est la première fois que notre propriétaire se sent déconcertée et dérangée dans sa vie silencieuse, d'une tristesse effroyable et de plus névrosée.

    Page 31 - George se leva pour m'accueillir, suivie de Hope. Il prit ma main droite entre les siennes et elle posa la paume de sa main, tout entière, sur mon épaule ; leur comportement était chaleureux, mais chargé de l'ambiance de la fête. Quelques boucles s'étaient détachées de la coiffure de Hope, son eye-liner commençai à couler. On aurait dit qu'elle avait fait la vaisselle ou l'amour, et le visage de George brillait d'émotion. J'aurais pu être une connaissance perdue de vue depuis longtemps ou bien, s'ils avaient été un couple et non des amis, j'aurais pu être la personne qui les avait présentés l'un à l'autre. ... Dans la pénombre, je distinguai une femme d'un certain âge, mince, avec des cheveux noirs, du khôl autour des yeux, et des couches de dentelle noire qui chevauchaient son corps. Elle avait un physique castillan, avec une touche de gothique ; c'était démodé, mais suffisamment sévère pour paraître moderne. Malgré l'éclairage, sa peau très blanche avait des reflets bleus...

    C'est un roman sur la détresse humaine de Célia qui n'a pas "fait son deuil", on y suit le cheminement de son enfermement volontaire tant la mort de son mari l'a psychologiquement ébranlée. Sa nouvelle locataire Hope va la ramener à la vie mais le retour à la réalité, au vacarme, à la vie des autres qu'elle avait ignorée depuis tout ce temps.. va être brutal.

    Page 130 - Les m'avait dit que j'étais belle. Il ne pouvait pas savoir que personne ne me le disait plus, ni que je ne voulais entendre ce mot de la bouche de quiconque, sauf de celui qui me l'avait offert d'une manière que je comprenais, qui aimait trouver et retrouver la peau même dans un endroit aussi ténu et oublié que le lobe de mon oreille. Je le saisis entre le pouce et l'index. C'était la peau juste là, l'infime pulsation ; avant qu'il soit trop malade, ça pouvait commencer là entre nous, au gré de son humeur. J'avais été par moments une femme dont le cou était raide, dont les cheveux avait sans besoin d'être lavés, qui avait mal aux pieds à cause de chaussures négligeant le confort, mais quel que soit l'endroit où il me touchait, je ne pouvais m'empêcher d'imaginer quelque chose de délicat contrastant avec tout ce qui était taillé grossièrement et rugueux autour...

    En fait tout est tellement flou, réel ou rêvé, on ne sait pas si ses turpitudes sont effectives ou chimères. L'Auteur et cela magnifiquement, nous perd dans cette folie du manque d'amour charnel et intense que vit cette femme et de la confusion qui va régner désormais dans son immeuble dont le plancher craque allègrement.

    Page 150 - Je me tournai vers les jonquilles, les tulipes et les jacinthes. Les minuscules parterres devant les immeubles dans les rues s'étaient enfin ouverts, et j'aurais aimé qu'ils soient plus grands. A l'intérieur de leurs limites, ils grouillaient de couleurs et de vie, et combien George me manquait, oui, vivement, à l'intérieur des miennes. Il avait gardé ses drames pour lui, il avait laissé les murs dressés entre nous. Le chagrin entretenu trop longtemps devient de l'auto-complaisance. George m'avait dit ça un jour. Quelques semaines après que son amant l'avait quitté, après avoir arpenté mon plafond suffisamment longtemps. Nous n'avons pas toujours le choix, lui avais-je répondu...
    Mon chagrin m'appartenait. On peut le dire de si peu de choses, véritablement, surtout un jour comme celui-ci où le monde était si vivant qu'il résonnait et recréait à un rythme frénétique. Je continuai ma lettre. Il y a certaines règles de conduite qui sont consenties... Non, ça n'allait pas. Les voisins, les bons, Les bons voisins se protègent mutuellement de certains comportements, de certains choix que nous ne pouvons pas éviter de faire. On ne demande pas d'être, quoi donc ? Parfaits ? On ne demande pas de renoncer aux, démonstrations, mais peut-être simplement de se préoccuper, de se préoccuper des autres. ...

    Je parle souvent de MA forteresse, ici dans mon petit monde,  mais je suis bien loin mon Dieu de la sienne qui est à la limite je l'ai déjà dit, de la folie.

    C'est un livre excellent que je conseille, je suis entrée dans son univers et dans ses divagations, et dans ses dérives.  Amy Grace Loyd nous invite à la lire, sans tabous.

    Je voudrais féliciter le traducteur car la tâche a du être ardue. Si le livre est imprimé en anglais et que vous maîtrisez parfaitement la langue n'hésitez pas je regrette de ne pas pouvoir le faire.

    Bonne lecture à toutes et à tous !

    Tempête

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