• L'intendance souveraine chez moi

    C'est un billet d'humeur, un billet d'humeur maussade un peu c'est vrai que je me sens dans ma maison comme sur une barque perdue dans un océan de verdure coupée par un filet d'eau et j'avance au fil de cette eau de rivière en direction de la mer qui n'est pas loin, je progresse à force de marées, à force de vaguelettes plus ou moins influentes. Je suis dans ma maison comme un marin d'eau douce rompu au train-train d'une progression lente qui s'avère plus ou moins douloureuse voir monotone. Je vais changer tout ça.

    Une toile de Radek Szlaga, j'y vois le devant d'une barque rouge qui avance.. j'aime beaucoup.

    L'intendance est souveraine chez moi dans ma vie de chaque jour, elle impose sa loi et cela me dérange quelque part. Je voudrais être genre " babou-cool " en laissant  la poussière s'installer chez moi avec des cd un peu partout éparpillés après les avoir écoutés, babou-cool en abandonnant les vêtements à leur sort de paumés, une femme d'intérieur foirée laissant les linges à droite à gauche sans avoir à se taper la tête à faire des piles alignées au millimètre près dans ses armoires. je voudrais laisser au moins une fois dans ma vie comme je le faisais au temps du "j'ai pas l'temps d'faire ça" les tasses sales dans l'évier sans que ça ne dérange personne et ne plus systématiquement remettre les stylos et les ciseaux dans le mini-seau rouge réservé à cela et renoncer à mettre ma brosse à cheveux sur la petite tablette peinte en bleu.

    Je voudrais vivre dans le bazar, j'adore le bazar dans une maison c'est forcément "la vie" pour moi. Ma maison ne respire plus, elle est vide, elle est morte de tous rires et de toute ambiance de fond que je tâche de combler en mettant parfois la musique à tue-tête.

    Je voudrais aussi que les enfants viennent ici et chamboulent tout, qu'ils ne nettoient pas les carreaux de la douche après en avoir foutu partout, qu'ils tapent sur les touches du piano comme des petits excités comme ça histoire de faire du bruit, qu'ils montent et qu'ils descendent l'escalier en cavalant comme des sauvages, qu'ils claquent les portes comme mes enfants le faisaient étant petits et aussi que leurs cris raniment mon quartier qui roupille comme un malheureux dortoir plein de vieux décatis qui ne mettent plus le nez dehors depuis déjà longtemps.

    J'habite à deux pas de l'église de mon village, les cloches sonnent régulièrement et rythment pas mal mes journées pour certains ça peut paraître triste, moi j'aime.. je les entend sonner à la volée pour les mariages car il y en a encore beaucoup dans ma France profonde, j'associe toujours le mariage à " Mazal Tov " toujours allez savoir pourquoi moi la catholique, elles sonnent le glas pour les enterrements, faut bien que les gens soient prévenus et qu'importe la manière pour accompagner les morts jusqu'à leur dernière demeure - les cloches sont joyeuses et légères pour annoncer les baptêmes,  un baptême c'est toujours une grande fête, ça aussi ça se fait encore dans ma région sans compter qu'au mois de mai il y a eu les communions, il y a toujours les communions au mois de mai, je passais par hasard l'autre jour au centre bourg où un les communiants paradaient, c'est quelque chose dans une petite ville de province tous ces gosses turbulents qui revêtent pour ce grand jour l'aube traditionnelle ! l'aube je ne sais pas si certains aujourd'hui se rendent compte de l'extraordinaire de la chose, j'étais émue, je souriais à admirer cette petite rangée de gamins plus ou moins sérieux (il faut bien que l'enfance passe) et cela me fit réfléchir sur la fréquentation de nos églises catholiques en ce XXIème siècle.

    J'ai de la chance, je n'entends aucune voiture ici dans ma maison, sur cette barque, juste le chant des oiseaux ça c'est plutôt sympa mais si les oiseaux se taisent c'est le silence le plus total et dans le silence la solitude s'installe, oui la solitude prend racine dans le silence et c'est bien la raison pour laquelle je veux que ma maison résonne, bouge au lieu de voguer d'une manière lancinante, je veux qu'elle réagisse, je veux qu'elle vive, je veux qu'elle subisse quelques tempêtes bienveillantes s'il en est, je veux que l'intendance ne soit plus souveraine chez moi.

    Je vais tout changer, je vais vivre dans le bazar les enfants arrivent, ils vont m'y aider je sais que je peux compter sur eux.

     

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