• L'enfance des Français d'Algérie avant 62 - Textes inédits de Leïla Sebbar

    L'enfance des Français d'Algérie avant 1962 - Textes inédits recueillis par Leïla Sebbar - Edité chez Bleu Autour - Dessin de la couverture est de Sébastien Pignon. Le livre est émaillé de photos personnelles et de dessins.

    Félicitations à Leïla SEBBAR d'avoir eu cette idée géniale.

    L'enfance des Français d'Algérie avant 62 - Textes inédits de Leïla Sebbar


    La préface écrite par Leïla Sebbar résume parfaitement cette tranche d'Histoire qui a marqué tristement les deux pays. Elle rend un hommage à la tolérance, cette qualité qui manque hélas de nos jours à l'être humain.

    L'idée est intéressante de donner ainsi la parole à des adultes marqués profondément par une situation dramatique qu'ils n'ont pas voulue et à laquelle ils ont dû faire face pour survivre et se reconstruire... ailleurs.

    L'enfance des Français d'Algérie avant 62 - Textes inédits de Leïla Sebbar
    J'ai aimé ce livre qui est très émouvant.

    Il s'agit de vingt huit Français d'Algérie femmes et hommes qui racontent un petit bout de leur enfance ou de leur jeunesse en Algérie avant son indépendance, certains récits se situent durant la grande guerre et d'autres durant " les événements d'Algérie " c'est ainsi que l'on a nommé cette guerre.

    Les Algériens d'un côté, les Français de l'autre dans leur vie de chaque jour, tous ne l'ont pas vécu ainsi.

    Certains découvrent le racisme quand d'autres la fraternité. Sacré dilemme ! Pénible Histoire !

    J'ai retenu:

    de Simone Balazard page 51 

    " ... C'est ainsi que je découvris ma singularité : j'étais algérienne mais ma patrie c'était la France, cependant les "vrais" Français ne me reconnaissaient pas comme leur égale... "

    Ni Français ni Algérien mais pour « arranger »... pieds noirs !

    de Simone Balazard  page 53 

    " ... Finalement, qu'avions-nous de plus ou de moins que les autres Françaises ou que nos compatriotes arabes ? Je le sais maintenant, nous avions une tare indélébile : nous n'étions ni de vraies Françaises, puisque nées en Algérie, ni de vraies Algériennes, puisque issues d'une immigration. Mais à l'époque je ne pouvais pas m'en douter, je me pensais normale. Et je trouvais normal que les autres habitants de ma ville ne soient pas comme moi, j'étais habituée à la différence... "

    Ainsi vraiment devraient penser les enfants, tous les enfants du monde, nous ne sommes pas différents.

    Pourtant il y avait des différences comme le précise

    Gil Ben Aych qui raconte page 59/60 :

    " ... Nous partions.. pour le marché. " Tu me tiens la main, mon fils, tu ne me lâches pas ! ". Et nous voici déambulant dans le marché, choisissant légumes et fruits frais. Mes yeux sont alors happés par un spectacle insoutenable : un enfant de mon âge, six ou sept ans, assis parmi des cageots où ont été jetés des melons gâtés, prélève dans la chair de l'un des fruits un morceau à peu près mangeable et, comme s'il craignait qu'on le lui dispute, le porte précipitamment à sa bouche et le dévore goulûment... Intrigué, bouleversé, j'interroge mon père : " Pourquoi il fait ça, papa ? Qu'est-ce qu'il a ? Il est fou ? C'est pourri !..."

    Le petit Gil découvre que certains dans ce pays ont faim mais pas lui.

    Il y a beaucoup de passage qui ont retenu mon attention, sans parler de guerre, d'atrocité, de conflit, simplement de la vie qui coule doucement et qui laisse dans la mémoire de tous ces gens des traces indélébiles.

    Extrait de Colette Guedj - Extrait pages 130/131

    " ... Je porte à même la peau... l'ocre de paysages sculptés par la pierre et le vent, les lumières, violentes, contrastées, des Hauts plateaux, l'éclat de parfums exaltés par le feu du soleil. Des forêts d'eucalyptus, qui s'étendaient à perde de vue, nous revenions imprégnées d'odeurs médicinales qui fleuraient bon les jours bénis où, malades, nous devions garder le lit. Des figuiers, je goûte encore la senteur et la saveur âcre et sucrées. Et j'ai toujours voué une gratitude infinie, quasi religieuse, au mûrier qui poussait à l'aplomb de la mosquée : plus que l'arbre, au demeurant majestueux, qui présidait à nos jeux d'enfant, il était le siège de mystérieuses métamorphoses, ses larges feuilles abritant et nourrissant les vers à soie d'où allaient naître de merveilleux cocons aux couleurs pastel que nous couvions avec passion dans des boîtes en carton, surveillant la naissance imminente des papillons qui signaient la fin de la vie, mais la vie sans cesse reprenait le dessus et amorçait un nouveau cycle... "

    Page 132 " … Plus encore que  la nostalgie des couleurs, des saveurs, des gestes, je garde la nostalgie de langues perdues qui ont bercé mon enfance : l'arabe dont j'ai été privée, alors que j'y étais totalement immergée, mais aussi le judéo-espagnol, le judéo-arabe, l'hébreu parlé avec l'accent des juifs d'Algérie et, dans une moindre mesure, le yiddish... "

    J'ai beaucoup aimé dans le récit

    de Anne-Marie Langlois page 168 

    " ... Les souvenirs de mon enfance sont comme des photos saisies au hasard. Pourquoi celles-ci ont-elles résisté ? Peut-être justement parce que ces souvenirs-ci ont été fixés par l'appareil de mon père. Sinon, comment être certaine qu'un souvenir est vrai lorsque tout a disparu ?... "

    Puis de Michèle Perret page 220/221

    " ... Bercée par le bruit du vent dans les grands arbres, c'est là que j'ai vu pour la première fois danser la poussière dans un rai de soleil, senti pour la première fois l'odeur de l'eau sur la terre assoiffée, entendu, avant que de parler moi-même, cette langue rauque et forte, au chant vite familier. Une enfance privilégiée - mais je ne le savais pas : j'étais tout simplement heureuse. J'y ai vécu joyeuse et libre, courant sous les grands arbres, explorant mon univers avec une troupe de gosses (la moraille) de tous âges, de toutes origines, de toutes les cultures et de toutes les religions, les uns loqueteux, les autres proprets, mélangeant le français, l'arabe, l'espagnole et le pataouète des Français d'Algérie, courant partout au rythme des saisons, nourris de feuilles, de terre, de pierres, de moelle d'acanthe ou de sureau, de margaillons (cœurs de palmiers nains), de figues de barbarie et de racines de réglisse sauvage que nous allions déterrer et laver dans une flaque... "

     L'enfance des Français d'Algérie avant 62 - Textes inédits de Leïla Sebbar

    J'ai eu envie de parler de ma lecture et de partager l'intérêt qui m'a poussé à lire cet ouvrage. Mais je n'apporterai pourtant ici aucune réflexion personnelle politiquement parlant. Je voudrais juste préciser que parmi les rapatriés d'Algérie, le plus grand nombre d'entre eux était de simples gens sans le sou qui ont oeuvrés de tout leur coeur et toute leur vie durant pour que cette terre prospère.

    A lire et à partager, l'Histoire de l'Algérie qui était Française avant son indépendance fait partie de notre Histoire. Si cette lecture pouvait servir à faire comprendre qu'on ne doit jamais laisser s'installer plus d'une génération sur une terre qui ne sera jamais la sienne !  Les Hommes et leurs différentes positions politiques ne laissent aucun choix aux populations. De terribles situations de rejet ou d'appartenance aboutissent en conflits épouvantables qui laissent les gens sans défense aucune. Réfléchissons avant... les catastrophes humanitaires qui en résultent.

    L'enfance des Français d'Algérie avant 62 - Textes inédits de Leïla Sebbar

    Il faut se déraciner. Couper l'arbre et en faire une croix, et ensuite la porter tous les jours.
    Simone Weil dans La pesanteur et la grâce

     Mais quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir.
    Marcel Proust

    L'enfance des Français d'Algérie avant 62 - Textes inédits de Leïla Sebbar

    L'enfance des Français d'Algérie avant 62 - Textes inédits de Leïla Sebbar

    Tempête

    Si vous aimez cet artile, partagez-le sur Facebook : partagez merci
    Pin It

  • Commentaires

    8
    poirier
    Mercredi 9 Décembre 2015 à 15:54

    L'évocation de ce livre et les commentaires, sont venus miraculeusement sur mon ordinateur spontanément. Merci de ce petit miracle qui me fait découvrir un recueil que je vais essayer de me procurer. La présentation ainsi que la musique est sublime .

    Merci Catherine si tu es à l'origine de ce petit miracle ****

     

      • Mercredi 9 Décembre 2015 à 16:07

        Ah ma chère Lucie le hasard fait curieusement les choses et je t'assure que je n'y suis pour rien. Ce livre ne pourrait que te plaire j'en suis bien certaine. Merci de ton message ici et reviens si tu veux ajouter après ta lecture un petit commentaire personnel, il sera le bienvenu. Je t'envoie plein de bisous et toute mon amitié ma chère Lulu à transmettre également à Jean-Claude et je vous souhaite de beaux préparatifs de fêtes de fin d'année.

    7
    Mercredi 4 Mars 2015 à 10:19

    Oui Nadia quelle bonne idée que d'avoir édité ces témoignages. Vous êtes déjà passée sur mon blog et je n'ai trouvé aucun moyen de vous joindre. Si vous revenez pensez à m'indiquer soit votre adresse e-mail soit votre blog si vous en avez un. Merci de votre commentaire. Je vous souhaite une bonne journée.

    6
    Nadia M
    Mercredi 4 Mars 2015 à 09:47

    Les Français d'Algérie se sentent des exilés au sein même de leur mère patrie, comme moi, qui suis Guyanaise, loin de toutes les émotions de nos enfances. Mais ils ont, en plus été déracinés de cette enfance. Ce livre leur rend hommage ? Une très bonne idée ! 

    5
    Mardi 3 Mars 2015 à 15:32

    Tu as raison Maïa, le passé ne meurt jamais il nous accompagne, nous le transmettons à nos enfants qui eux-mêmes cherchent à savoir. Les souvenirs de chacun d'entre nous ainsi partagés deviennent alors notre mémoire collective, elle est très très précieuse. Merci de ton message Maïa.

    4
    Mardi 3 Mars 2015 à 14:48

    Quelle belle présentation, Babou !! Tu as su dénicher les étoiles dans ces pages, brèves, arrachées aux lambeaux des souvenirs... L'enfance, notre terre d'exil à tous, laisse en héritage une saveur amère de paradis perdu  d'où que nous provenions. Chez les Français d'Algérie, plus Algériens que Français mais hélas devenus Pieds-noirs, comme pour encore mieux gommer leur identité, cette perte est donc double... Le passé ne meurt jamais car il est intemporel.


     

    3
    Mardi 3 Mars 2015 à 13:05

    Un grand merci Michèle, un beau livre tu as raison, à lire à faire lire aussi à nos enfants et à partager surtout avec le plus grand nombre.

    2
    Michèle Perret
    Mardi 3 Mars 2015 à 12:19

    "Li fet met", (Le passé est mort) comme dit une des contributrices, Mireille Nicolas. 

    "Ni temps perdu, ni nos amours reviennent

    Sous le pont Mirabeau coule la Seine" 

    Icitout !

    Belle critique pour un beau livre, Babou.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :