• Jean d'Ormesson Un jour je m'en irai...

    Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit

    Roman de Jean d'Ormesson de l'Académie française édité chez Robert Laffont

    Jean d'Ormesson Un jour je m'en irai...

     

    A 88 ans, Jean d'Ormesson est toujours cet écrivain unique à la forte personnalité et au côté charmeur absolument craquant. Il reste pour moi le "chéri de ces Dames... extrêmement cultivé" terriblement séduisant, un homme aux yeux d'un bleu à se damner pour le lire.

    Quand j'ai ouvert ce livre et que je l'ai commencé, c'est lui qui parlait et c'était étonnant, Jean d'Ormesson m'a fait traverser le temps et à réfléchir sur l'extraordinaire époque que je vis ... ce que je n'ai pas toujours pensé, finalement.

    Cet homme passionné a le don d'être tout simplement passionnant dans ses livres ou lors d’interviews que je ne manquent pas. Il raconte avec zèle aussi bien qu'il écrit l'Histoire de sa famille qu'il aime et respecte profondément et des temps qu'elle a traversé et qu'il traverse avec elle aujourd'hui, sans être particulièrement perturbé par les transformations extraordinaires imposées par la mondialisation, le progrès sans limite... et la mutation de notre société qui ne se fait pas sans grand étonnement ou sans douleur.

    Chapitre III page 14 ... Je ne suis pas à la mode. Nous le savons depuis toujours : la mode est ce qui se démode. Toutes ces vieilleries triomphantes sont depuis longtemps usées jusqu'à la corde. Je ne pleure pas non plus sur le passé, sur le lat répandu des charmes du temps jadis. Je suis là, et c'est tout. Je m'arrange de mon époque comme je m'arrange d'être au monde. Ni rejet, ni colère, ni amertume - et aucune illusion.

    Chapitre V page 25 ... Je suis tombé dans ce monde en un temps où beaucoup de choses disparaissaient et où beaucoup d'autres apparaissaient....

    Je me suis régalée d'un français parfait aux expressions claires et précises. Je me suis demandé si l'on pouvait considérer cet ouvrage comme un roman (il est édité comme roman d'ailleurs) mais je me suis tout de même posé la question : (le roman d'une grande famille aristocratique qui traverse le temps... page 63 chapitre XIII ...  Il y a dans toutes les familles sinon des secrets, du moins des tourments plus ou moins cachés et capables de faire souffrir. ...) ou bien un livre de mémoires d'une société telle qu'il l'a connue et telle qu'elle lui paraît au fil des années qui passent ou bien peut-être considérer plutôt cet ouvrage comme je l'ai ressenti : un reccueil de réflexions et de questions philosophiques et même existentielles.

    Croyant, très croyant, l'Auteur nous parle de la religion entre autre Chapitre VI page 28 : … Je n'oserais pas dire que Dieu change aussi. Mais l'image que les hommes se font de Dieu se modifie profondément. Il faut aborder ces questions avec prudence. ... La religion se confond si étroitement avec nous que le moindre mot, la moindre atteinte, le moindre écart peut ouvrir des blessures qui ont du mal à se refermer. ...

    Il parle d'amour avec tant d'amour :

    Chapitre II page 130 : ...Je n'ai plus jamais quitté Marie. Et, par une chance inouïe, elle ne m'a pas quitté non plus. Je lui dois presque tout. Et d'abord de m'avoir réconcilié avec un monde dont son absence m'avait fait perdre l'usage. Je traînais sans elle dans l'incertitude et dans l'ennui. Je ne faisais rien. Je n'attendais plus grand-chose. Je perdais ma vie. J'errais sans but. Elle m'a rendu l'eau, les arbres, la lumière, la gaieté, l'espérance. Je m'étais donné à elle. Elle m'a rendu à moi-même...

    Il parle de la beauté :

    Chapitre XI.... page 154 : ... Comme le mal, personne n'en doute, la beauté est en nous. Elle est dans l’œil qui regarde, dans l'oreille qui écoute autant que dans l'objet admiré. Mais entre lui et nous, il y a des liens obscurs et des rapports secrets...

    de l'avenir :

    Chapitre XVIII  page 175 ... Soutenu par la pensée, l'avenir est de plus en plus inventif. Il se précipite en avant, saisi d'une allégresse dévorante. Il rejette le passé dans l'ombre avec une pointe de mépris. Il prend le relais de Dieu et la tête lui tourne un peu...

    De l'écriture :

    Chapitre XXVIII page 115 : ... J'aimais les histoires. J'aimais les paroles et les mots. J'aimais beaucoup les livres. Ils me consolaient de mes chagrins. De plus en plus riche et puissant... je lisais ce qui me tombait sous la main ; Montaigne, Chateaubriand, Racine et Feydeau, Nerval ...

    Il nous parle de la vie tout simplement :

    Chapitre XIII page 221 : ... La vie naît d'un hasard dans un coin reculé du cosmos. Sur le modèle de la gloire et de la chute des dinosaures, la gloire et la chute de Plessis-lez-Vaudreuil étaient le fruit du hasard. ..

    Chapitre XIV page 222 :  ...  C'est l'accumulation de ces hasards, allant tous dans un même sens, se soutenant les uns les autres, évitant l'effondrement, se jouant des obstacles. Des culs-de-sac, des contradictions, jonglant avec les échecs, collectionnant les succès, qui m'a poussé à écrire ce livre qui s'ouvre sur mon grand-père et qui s'achève dans les étoiles...

    Et j'aime terminer cette page de commentaire par la prière que Jean d'Ormesson fait à Dieu

    CHAPITRE XXV PRIERE A DIEU

    C'est à vous maintenant que je m'adresse, Dieu du ciel et de la Terre, origine et soutien des idées et des choses, maître du temps et de l'éternité. J'ai toujours pensé que je vous devais tout et d'abord mon passage dans ce monde dont j'ai cru avec force que vous l'avez créé et qu'il ne durait que par vous. Il n'est pas exclu, je suis si faible et si bête, que je me sois trompé et que vous n'existiez pas. Parce que mon rêve aura été beau et qu'il m'aura empêché de sombrer dans l'absurde et dans le désespoir, parce que, légende ou réalité, vus m'aurez fait vivre un peu au-dessus de ma bassesse inutile, je n'en bénirai pas moins votre grand et saint nom.

    je crois moi en votre résurrection, dans chaqu'un de vos mots dans chacun de vos ouvrages, vous serez là. Je crois qu'on vous lira Monsieur longtemps, longtemps, que ce soit sur papier ou bien même sur e-book ou bien sur, sur d'autres prochaines merveilles technologiques dont nous n'avons sans doute ni l'un ni l'autre, aucune idée.

    Magnifique oeuvre à se procurer et à lire absolument.

     

    Tempête

    Si vous aimez cet artile, partagez-le sur Facebook : partagez merci
    Pin It

  • Commentaires

    8
    ana
    Lundi 22 Février 2016 à 19:26

     

    Bonjour Babou !!   Sabe usted?  Mes deux écrivains français (vivants) favoris, ils sont: Jean d´Ormesson et Eric-Emmanuel Schmitt.   J´ai lu beaucoup de ses livres et je ne peux pas vous dire lequel, parmi tous, j´ai aimée le plus.   Je fais (un peu)  comme vous. Je souligne tout ce qui je ne veux pas oublier, alors je trouve toujours des belles phrases a lire.

     

    De ….« Un jour je m´en irai… » J´ai soulignée le chapitre XV quand il dit que « Chacun de nous est libre, chacun de nous est une source d´incertitude »

     

    J´aime aussi le chapitre  XVI d´où il dit qu´il y a au-dessus de nous quelque chose de sacré.  « L´accumulation de hasards…les miracles de la lumière et de la mémoire que ressuscitent le passé, l´avenir qui n´est nulle part avant de tout envahir et de se changer en souvenir… »

     

    Dans un autre livre, « La création du monde » (dont il n´y a pas de chapitres),  j´ai presque tout soulignée!! il a ecrit : « Pour donner à l´univers son allure et sa couleur il y aura encore autre chose, et qui entretiendra avec eux des liens subtils et cáches : ce sera la beauté »   et plus encore… « la beauté constituera la marque, sous des formes diverses jusqu´à la contradiction, de mon présence dans mon absence ».    

    A bientôt Babou et merci de ce beau billet sur M. d´Ormesson qui j´admire tellement.  ana 

     

     

      • Samedi 5 Mars 2016 à 13:02

        Pardon de n'avoir pas su intégrer ma réponse à votre message du 2 mars dans lequel vous me citez tous ces livres que vous avez tant aimés. Je n'hésiterai donc pas lors de ma prochaine visite à la bibliothèque pour m'en procurer un ou deux pour pouvoir en parler avec vous. Je vois que vous venez parfois en France et que vous repartez chargée de nouvelles lectures.. Il y a tant et tant d'auteurs, il y a tant et tant de romans édités que mes quelques commentaires de lectures ne sont qu'une goutte d'eau perdus dans l'océan littéraire. Merci pour vos citations bien choisies toujours, la seconde me plaît énormément. Je vous souhaite de prochaines belles journées. A plaisir de vous retrouver ici. Amitié. Catherine.

      • ana
        Mercredi 2 Mars 2016 à 22:26

        Merci beaucoup Babou de me parler de Catherine dont le pseudo est Elsa. 

        Savez-vous ? Dans la ville où je vis, malhereusement,  c´est très difficile d'obtenir des livres en français.   Cependant, j'en ai beaucoup, car, chaque chaque fois que je vais à votre pays merveilleux, je reviens “chargée” d'un moyenne de vingt-cinq livres pour lire. 

         J'espère pouvoir aller en France l'année prochaine et acheter le livre que vous me recommandez. Par rapport à Eric-Emmanuel, j'ai  lu aussi “La Reveuse d´Ostende” et en plus d´autres nouvelles de lui: “Odette Toutlemonde” “Les deux Monsieurs de Bruxelles” et “Concert à la momoire d´un Ange”, ils sont toutes magnifiques, mais, ils sont plutôt ses romans, (ceux appelés “Le Cycle de l´Invisible) que j'aime le plus.  Je vous recommande vivement de lire, d´abord, le première  que j´ai lu (et qui m´a fait tomber amoreuse de ses romans ) : “Oscar et la dame Rose”.  C´est un vrai cadeau!  Le film est beau mais le roman, c´ est glorieux.  Je suis sure que vous l´aimerez beaucoup.  Dans ce petit libre, on peut aller des larmes aus rires en deux secondes. 


        Deux citations du livre:

         « Les questions les plus intéressantes restent des questions. Elles enveloppent un mystère. A chaque réponse, on doit joindre un «peut-être». Il n'y a que les questions sans intérêt qui ont une réponse définitive. »


         

        Si je m'intéresse à ce que pensent les cons, je n'aurai plus de temps pour ce que pensent les gens intelligents. »


        A bientôt,  Ana


         

         

      • Jeudi 25 Février 2016 à 10:41

        Votre français est parfait et je vous en félicite, le mien l'est moins parfois et je n'ai aucune excuse ! J'apprécie les citations que vous avez retenues elles sont dignes d'être partagées entre tous.  Juste un petit mot au sujet de cet auteur aujourd'hui très populaire que vous aimez particulièrement, Eric-Emmanuel Schmitt.. je n'ai lu qu'un livre de lui : La rêveuse d'Ostende il s'agit de 5 nouvelles, j'adore les nouvelles et j'ai aimé particulièrement les siennes qui ont un fil conducteur (qui me tient à coeur) le rêve et cette place tellement importante qu'il tient dans nos vies..  j'ai beaucoup aimées mais j'en suis restée là.. il y a tant d'auteurs. Si vous aimez les nouvelles vous aussi je mets des liens dans mes news ces temps-ci d'un auteur que je connais Catherine Dutigny pseudo Elsa Saint Hilaire, elle est fort douée et ces lectures me ravissent toujours. Je vous les conseille. A bientôt chère Ana. Je vous souhaite de belles journées dans votre beau pays. Je joins une chanson traditionnelle Mexicaine.. du moins c'est ce que l'on pense ici. De la joie et des couleurs..

         https://www.youtube.com/watch_popup?v=5DrwY21nP1Q&feature=youtu.be

      • ana
        Mercredi 24 Février 2016 à 23:58

         

        Merci a vous chère Babou, de me permettre participer à votre blog formidable (même avec mon mauvais français).  

         

        Comme vous, je lis d'autres auteurs et  reviens à Jean d'O.  Les siens,  ils sont, a mon avis, des livres de chevet.   On  découvre toujours quelque chose a retenir. 

         

        Dans son livre “ Comme un chant d´espérance”, j´ai soulignée a debut du chapritre XX, quand il “défi” Einstein:

         

        “En dépit de la formule célèbre d´Einstein: -“Dieu ne joue pas au dés”- , Dieu est un joueur qui n´en finit jamais de donner des preuves de son faible pour le hassard” 

         

        Et encore, dans le même chapitre:

         

         “Comme dans n´importe quel jeu, il y a dans le jeu de l´histoire des gagnants et de perdants, de vainqueurs et de vaincus……..  Il n´y a pas de grande figure, de conquérant, de découvreur, d´inventeur, de créateur qui n´ait pas, au moins, une fois dans sa vie, été servi par le hassard.  Un rencontre.  Una occasion.  Une situation passagère a saisir par les cheveux.”

         

        Voilà!  Il est genial!   A bientôt Babou et merci encore!

         

         

         

         

         

      • Mardi 23 Février 2016 à 11:00

        Merci infiniment Ana pour les différentes citations retenues dans les livres de Jean d'Ormesson. Il n'est jamais décevant. Chez nous, il est reçu beaucoup dans diverses émissions de télé et radio, il est toujours à l'aise et passionnant et plein d'humour aussi. Je suis toujours intéressée par les livres qu'il écrit même à son âge encore et le dernier est en lecture.. à petites doses, je change d'auteurs puis je reviens vers lui. Merci de votre intervention sur cette page, c'est un plaisir. Je vous souhaite de belles prochaines lectures dont vous me direz peut-être votre ressenti. A bientôt, merci encore de votre présence.

    7
    Jeudi 11 Septembre 2014 à 18:10

    Je suis ravie Biguy mais comment ne pas aimer l'écriture, les mots de cet écrivain. J'ai tendance c'est vrai à beaucoup citer, et encore je me freine ! mais que veux-tu tout est tellement bien exprimé. C'est un livre extraordinaire et que dire alors de son  dernier ouvrage... j'ai eu tant et tant de mal à faire une page presque autant que pour celui-ci, tant chaque ligne exprime une chose que je ressens ou bien que j'ai forcément un jour ou l'autre ressenti. Ce Jean d'Ormesson est un écrivain aussi bon que nos grands classiques maintes fois cités. Heureuse de ton commentaire je te remercie et t'embrasse très amicalement. A bien vite.

    6
    Jeudi 11 Septembre 2014 à 17:58

    Coucou Cathy,

    J'avoue partager ton enthousiasme pour ce magnifique livre. Pas facile à lire, mais tellement interessant de la première page à la derniere.

    J'adore le rythme qu'il a donné à son ouvrage, j'ai vu que tu avais retenu l'un d'eux à la page 115 "Je lisais ce qui me tombait sous la main : Montaigne, Chateaubriand, Racine et Feydeau, Nerval." Il utilise souvent cette "cascade rapide" du premier chapitre (avec la liste des romans) au dernier . J'ai adoré c'est effet d'écriture qu'il nous rappelle à quasiment tous les chapitres.

    Parfois j'ai eu l'impression qu'on était amis, qu'il parlait de ma vie comme au chapitre XV  "Comme je me suis trompé ! Il me semble, tout à coup, que j'ai passé ma vie à me tromper. Nous ferions mieux de nous taire, de renoncer à toute action, de ne jamais rien écrire, de n'avoir aucun sentiment et aucune opinion".

    "Voilà. Tout change. Tout reste semblable. C'est le mystère du monde. Ce mystère a un nom. Il s'appelle le temps. Le temps passe. Il coule. Il fuit. Il disparaît. Et il est toujours là. Il s'en va et il demeure. Il change et ne change pas." chapitre XIII

    Je crois que je pourrais citer ici tellement de paragraphe qu'on m'accuserait de copier trop de morceaux et de nuire aux droits d'auteurs. Et dire que j'avais hésité à l'acheter car le titre me paraissait noir et je ne me voyais pas lire un recueil de toutes les choses qu'il n'avait pas eu le temps d'écrire avant sa mort. En fait c'est un hymne à la vie, tendre, drole, plein d'humour, toujours bien écrit avec les mots justes.

    J'ai adoré!!!

    A bientôt

    Bisouxxxxx

     

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :