• Jean d'Ormesson - Dieu, les affaires et nous..

    Jean d'ORMESSON

    Jean d'Ormesson -  Dieu, les affaires et nous..

    Dieu, les affaires et nous - Une chronique d'un demi-siècle. Une belle préface de Jacques Julliard.

    Editeur Robert Laffont

    Le livre de Jean d'Ormesson est une analyse très intéressante de la politique pratiquée dans notre pays, depuis vingt ans. Elle est écrite avec humour, l'auteur est lucide, honnête et magnanime dans ses propos. Je n'en attendais pas moins de lui. Les premières pages du livre... ne pas louper surtout cela : Page 26 - Un dialogue des morts - élève Dupont Oscar - du 3 octobre 2011 Examen de passage en troisième.
    franchement, l'examinateur selon moi aurait pu noter beaucoup mieux.

    Pour ce gros recueil (662 pages tout de même) un fil rouge... la politique française intérieure pour la première moitié du livre et internationale pour la seconde partie. Est intégré aux réflexions personnelles de l'auteur, une compilation de tous ses articles écrits pour le Figaro de 1981 à 2014. Il y a de nombreux passages savoureux mais Jean d'Ormesson est réputé pour nous expliquer ce qu'il pense d'une façon croustillante sans être jamais désagréable ou blessant.  Ce livre peut-être utile à tous, y compris à la jeunesse car il remémore les principales péripéties, tactiques et mesures etc... politiques de toutes façons et dont nous avons eu connaissance par les médias qui dans certains cas s'en sont donné à coeur joie. L'analyse avec effet rétroactif est passionnant. C'est très sincèrement ce que je pense.

    J'ai retenu déjà plusieurs extraits bien sûr, cependant celui-ci concernant l'année 1995 et titré : Le bonheur d'être français en pages 210/211 m'a beaucoup plu.

    ... Voilà un bon bout de temps déjà que nous avons renoncé à être mieux que les autres. Longtemps, c'était parole d’Évangile, nous avons été plus gais, plus charmants, plus cultivés, plus intelligents, et surtout meilleurs amants que ces misérables, dans le vaste monde, qui n'avaient pas le bonheur d'être français. C'était l'époque où tout Français en voyage à l'étranger était la coqueluche des beaux esprits et des cœurs sensibles qui aspiraient à autre chose. La gloire de Pasteur et de Victor Hugo, de Brigitte Bardot et de Sarah Bernhardt s'étendait au bout du monde... C'est fini. Notre satisfaction un peu benête s'est inversée en morosité... Du coup, on le serait à moins, nous sommes devenus grognons. Notre belle confiance et notre bonne humeur se sont évaporées. Nous avons renoncé au bonheur d'être français. On chante en américain, on se nourrit à la chinoise, on envie les Allemands qui ont le génie de l'organisation et les Japonais qui ont celui de l'imitation, on admire les Anglais pour leur sens de la patrie, mais on se garde bien de les imiter. Il ne vient plus à l'idée de grand monde d'aller voir et complimenter l'armée française...

    Il y a bien sûr d'autres paragraphes tout aussi intéressants mais je dois faire un choix et ça été pour moi le plus difficile.

    page 231 - 1996 : Comment a-t-il démoralisé les Français ? (on parle ici de Mitterrand) En se présentant comme le candidat de la moralité contre le cynisme de la droite, et en couvrant quelques-uns des scandales les plus éclatants de notre histoire, qui n'en manque pas. En dénonçant l'argent à tout-va et en protégeant chez les siens ses modes d'acquisition les plus douteux. En se drapant dans l'armure du chevalier qui lutte contre les inégalités sociales et en laissant croître et se développer sous son règne une nouvelle pauvreté qui constitue aujourd'hui le plus grave de nos problèmes. Chez les jeunes, chez les déshérités, chez ceux qui croyaient au socialisme, il a suscité beaucoup d'espérances auxquelles il n'a pas répondu. Ceux qui n'aimaient pas de Gaulle le haïssaient ; ceux qui n'aimaient pas ou plus Mitterrand le méprisaient. Depuis l'affaire de l'Observatoire, effacée comme par magie de la mémoire collective, il a largement contribué au discrédit qui a frappé en France les dirigeants politiques.

    Je ne peux m'empêcher de trouver des similitudes tout le long de ma lecture avec des personnages illustres confortablement installés au sein de notre gouvernement actuel. L'Histoire se refait-elle ? non certainement pas car il manque à certains d'aujourd'hui la prestance bien sûr et l'honnêteté bien entendu.

    page 261 - 1997 : Accueillir l'étranger, le voyageur, l'étudiant, l'exilé est une tradition française qu'il n'est pas question de renier. Accepter l'invasion d'une masse toujours croissante d'éléments inassimilables qui viennent détruire les équilibres déjà au bord de la rupture est, chacun le sait, une forme délibérée de suicide et l'assurance d'une baisse inévitable du niveau de vie. Résumons : dans la première moitié de l'année, l'immigration clandestine est contenue par des mesures qui tendent à la rendre plus difficile ; dans la deuxième moitié de l'année, avec une accélération sensible dans ces dernières semaines où elle tend à n'être même plus considérée comme un délit, un véritable appel d'air est établi à son bénéfice. On la condamne du bout des lèvres, et on l'organise. On voudrait l'encourager qu'on n'agirait pas autrement. On va ainsi, délibérément à contre-courant de la volonté populaire dont la simple expression est considérée avec soupçon...

    L'immigration n'a jamais été autant d'actualité. Nous ne sommes en 2016 qu'aux prémices d'un afflux important de réfugiés du monde entier mais le monde va si mal ! Il faudra bien que la France il faudra bien que l'Europe trouvent une solution à ce grave mouvement de population qui est déjà un problème.

    Page 354 - 2004 : " Comment va la France, Môssieur ? Elle broie du noir, Môssieur. " Voilà plus de soixante ans qu'elle souffre du mal de vivre. Elle ne s'amuse plus beaucoup. Elle grimace. Elle ricane. Fille du chagrin, de l'amertume, d'un malaise, la dérision règne partout : elle a remplacé la gaieté. Il y a eu le Vietnam, l'Algérie, Mai 68, il y a eu la télévision, la pilule, le TGV, Airbus. Après tant de succès et de crises, dans la grogne et dans le progrès voici enfin, sous nos yeux, la France qui tombe et la France qui s'en va, la France moisie, la France cassée, la France du ras-le-bol et du par-dessus le dos. La France de l'abstention et de la fuite des cerveaux. En face de deux milliards et demi de Chinois et d'Indiens, la France avec ses soixante millions d'habitants, représente 1 % de la population du globe. Le français recule dans le monde. Nos livres, nos films, nos chansons ne se vendent plus en Amérique. Le porc ou le lait rapportent moins qu'ils ne coûtent. Nos impôts sont trop lourds, nos écoles battent de l'aile, nos hôpitaux étouffent, nos dettes deviennent écrasantes, notre avenir est une menace suspendue sur nos têtes. Au moment même où les Chinois, les Indiens, tous les déshérités de la Terre se disent que leurs enfants vont enfin vivre mieux qu'eux, nous commençons à nous demander si nos enfants pourront vivre aussi bien que nous avons vécu. Mon Dieu !...

    Page 386 - 2008 : " ... Nicolas Sarkozy est emporté par la tempête. Il s'en serait bien passé. Et c'est pourtant une chance : c'est seulement dans la tempête que se forgent les hommes d'Etat. Nous sommes encore quelques-uns en France à penser que Nicolas Sarkozy a l'étoffe d'un homme d'Etat. Cette tempête-ci est violente. Tout ce que Sarkozy a réussi est compté pour presque rien. Le chômage a baissé, mais tout le monde maintenant semble s'en soucier comme d'une guigne. L'Europe est remise... "

    Page 660 - 2014 : " ... Si jamais, par malheur, le scrutin du 25 mai faisait du Front national le premier parti de France, beaucoup d'entre nous n'auraient plus d'autre choix que de s'enfermer dans le chagrin et dans une double opposition : au pouvoir légal et de plus en plus contesté d'abord : au parti dominant ensuite... En attendant je ne sais quel miracle capable de sauver de l'abîme notre malheureuse patrie. "

    Je souhaite que Monsieur d'Ormesson nous parle davantage de l'arrivée de Monsieur Hollande et peut-être un jour pourra-t-il nous faire part de son mandat de président mais comme il l'a précisé face à JJ Bourdin (Bmftv) le 8 janvier dernier, je ne parlerai de François Hollande que lorsqu'il ne sera plus président.

    A suivre donc. Pour l'instant je conseille ce livre bigrement intéressant

    et encore deux mots : savoureux & instructif

    6 janvier 2016

    Monsieur Jean d'Ormesson, prenez bien soin de vous.

    Tempête

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