• Géraldine Maillet - Le monde à ses pieds

    Le monde à ses pieds de Géraldine Maillet

    Géraldine Maillet - Le monde à ses pieds 

    idi édité dans la collection " J'ai lu " prix 6 euros.

     Interview de Géraldine MAILLET lien intégré ici.

    Partage de la photo du livre dans un joli décor faite par une nouvelle petite camarade de lecture Cécile sur twitter

    Géraldine Maillet - Le monde à ses pieds

    résumé au verso du livre

    Ruslana a 16 ans quand elle est remarquée par une célèbre agence de mannequins. Elle quitte alors son Kazakhstan natal pour les rêves vains de l'Occident. De New York à Saint-Barth, de Londres à Milan, entre créateurs mégalomaniaques, rédactrices de mode tyranniques, stars indifférentes ou déjantées, Ruslana devient une référence. Elle découvre aussi les hommes, la solitude, l'effroyable sensation de vide... D'après l'histoire vraie et tragique de Ruslana Korshunova, Géraldine Maillet nous livre un roman moderne et poignant.

    Ruslana Korshunova (en russe : Руслана Коршунова) (2 juillet 1987, Almaty, Kazakhstan (ex-URSS) – 28 juin 2008, New York, États-Unis) est un mannequin kazakh, décédée dans des conditions suspectes à l'approche de ses vingt-et-un ans.

    Mon opinion

    Géraldine Maillet est un écrivain de notre temps. Dans « Le monde à ses pieds » roman imprimé en 2009 aux Editions Grasset et Fasquelle puis réédité dans la collection «  Jai lu «  en 2011, Géraldine Maillet traite d'un sujet très grave et toujours d'actualité hélas, sujet grave car autant lucratif pour certains que dévastateur pour d'autres. De quoi s'agit-il ? d'une nouvelle forme d'esclavagisme née d'un siècle où le paraître et l'argent tiennent la plus haute barre de l'échelle sociale briguée par une foule d'adolescentes n'ayant qu'un seul objectif : atteindre la notoriété dans le monde de la mode dans l'espoir de gains mirobolants. La reconnaissance de leur image sublimée, la gloire par la richesse ? De la dynamite conçue à force de shooting exténuants, sortes de captures- mode pour des mannequins exemptées de sourire et d'allures cadavériques imposées par les dictats des plus grands couturiers du monde. Je conseillerai donc après cette lecture intéressante mais dont le fond de l'histoire est cruellement triste, oui je conseillerai cet excellent ouvrage à toutes les adolescentes captivées par les sunlights artificiels et éphémères orchestrés par les magnats de la mode. Ce livre est un roman dramatique tiré d'une histoire vraie, celle de Ruslana Korsshunoya née le 2 juillet 1987 à Almaty, Kazakhstan (ex-URSS) et décédée le 28 juin 2008 à New York, Etats-Unis. Ruslana était un mannequin kazakh morte dans des conditions suspectes qu'on a finalement comme suicide. Je voudrais dire à cet auteur tout le plaisir que j'ai pris à la lire. Ah, l'humour dans son style d'écriture très personnelle accompagne délicieusement ses lignes. Après «  French manucure «  et «  Presque Top Model «  j'ai refermé « le monde à ses pieds » en pensant déjà au prochain livre que je lirai écrit par Géraldine Maillet.

    *****

    L'attrait de notre société occidentale moderne et du bout de son monde apparaissant luxueux pour Ruslana, jeune fille de 15 ans alors qui vient de se faire baguer le sourire avec la plus grande fierté par un excellent et très honéreux dentiste d'Altamy, est immense. Elle est issue d'une famille très modeste. On lui fait remarquer sa beauté typique Kazakh et la pureté photogénique et naturelle qu'elle dégage. C'est une petite jeune fille comme les autres, sensible aux compliments et aux espoirs qu'on va éveiller en elle. Mila son amie, va lui faire découvrir les mannequins, de superbes nanas dans les magazines l'incitant à choisir ce métier. page 20... Ces filles on dirait toi.. il paraît qu'elles gagnent plein de fric.... elle écoute pensant à sa maman qu'elle adore mais qui se tue au travail pour pas grand chose, sa maman, son frère et elle n'ont vraiment que le nécessaire pour vivre... Sans Mila, son amie, Altamy « serait invivable » elle veut de l'argent - .. Je vais donner des cours d'allemand – Tu vas te faire exploiter – Tu peux gagner de l'argent autrement... Elle n'y croit pas mais son amie insiste - Le rapport, c'est qu'on te sert sur un plateau l'occasion de gagner de l'argent, de voyager, de t'amuser. Le rapport, c'est que si j'avais le dixième de ton potentiel, j'enverrais des photos de ma jolie trombine à toutes les agences de mannequins de Moscou. Le rapport, c'est que tu te plains mais tu ne fais rien pour t'en sortir... 

    Elle doute des propos extravagants de Mila qui lui précise page 20 … - Les plus belles filles de Russie , c'est un jingle publicitaire pour les nostalgiques de la Guerre froide. Quand tu viens d'Ukraine, de Lituanie, d'Estonie, de Géorgie, désolée mais tu n'est pas russe. Et toi, Ruslana Korshunov, tu es une fille de l'Est, mais tu n'es pas russe. Tu es kazakhe jusqu'à la fin de tes jours... 

    Ainsi commence la courte vie du célèbre mannequin Ruslana Korshunov disparue bien trop tôt.

    Page 29 (son prof d'allemand Pia) … j'attends que tu croies en toi. Tu es têtue, Ruslana. Ça te sauvera. - Maman dit que ça me perdra...

    C'est d'ailleurs dans la classe de Pia que ses premières photos seront prises au hasard d'une visite-reportage pour le magazine All Asia prospectus diffusé surtout dans les avions un excellent moyen pour révélations du genre. Persuadée enfin par Mila, des photos personnelles seront envoyées chez Ifashion Moscou. Il faut toujours compter sur une part de hasard dans toutes démarches. L'agence de Moscou réagit.

    Page 33... Je te propose de venir à Moscou pour nous rencontrer le 10 novembre 2003. La maman de Ruslana après discutions et mises en garde, va donc l'accompagner elle a alors 17 ans ! L'âge des fantasmes les plus fous.

    En fait, elle n'avance sur ce chemin miné que parce qu'elle veut que l'argent comble les désirs et les besoins de sa maman de son frère et de ses propres désirs aussi.

    Prise dans un tourbillon flashé un max par de vrais pros, elle signe un contrat proposé par Darya qui dirige l'agence de Moscou, contrat qu'elle pourra après réflexion et grâce à Pia, dénoncer pour finalement accepter celui de Londres qui s'avère beaucoup plus fructueux pour elle. En fait, Carrelyn Watts Directrice en chef du British Vogue à Londres cherche une perle rare et elle découvre une photo de Ruslana dans All Asia prospectus mis à dispo dans son avion lors d'un de ses multiples déplacements. Elle vient de trouver sa pépite ! En fait Ruslana ne sait pas mais.. on la cherche, on la veut, on la trouve, rien n'arrête ces gens-là.

    Avant de partir pour Londres, elle retourne dans son cybercafé préféré prévenir le propriétaire de la chance qui lui ouvre enfin la porte d'un avenir splendide. Lavon, le patron lui  dit page 78 : … ça te donnera des ailes. Mais n'oublie jamais que tu ne dois pas t'envoler trop haut... Puis elle reprend son blog pour informer ses amis virtuels du changement qui se produit dans sa vie. Elle compte sur eux pour l'encourager.. par 79 … Vous êtes ma colonne vertébrale et ma conscience, je vous aime.

    Son départ d'Atamy est émouvant. Elle laisse derrière elle sa mère, Rouben, Mila et Pia pour Londres... page 82 … Mais elle n'a pas de peine. Aucune peur non plus. Elle est déjà loin d'eux. A Londres, chez Glitter. Sur papier glacé, sur grand écran, sur un nuage.

    Carrelyn Watts la prend en charge.

    Page 84 … Enfin elle. Un teint de porcelaine. Des yeux panthère. Cheveux aux genoux, baskets blanches avec lacets arc-en-ciel. Carrelyn Watts observe la salle. Le désir, l'envie, la jalousie, la stupéfaction, tout y passe. Même le patron (du restaurant) qui a vu les plus belles filles de Londres depuis vingt ans frissonne. Ruslana est spéciale, à part. Sa beauté proche de la perfection. Elle traverse la salle devenue silencieuse. Les vieilles sont émues. Les golden boys oublient leurs cotations...

    Page 87 … Bienvenue à Londres, chérie. La ville du cynisme et du mépris. .. Tata Watts est mieux qu'une hot line. Allez, le générique est terminé, debout jeune fille, le film commence...

    Ruslana fait-là ses premiers shooting puis on lui annonce.. New-York !

    Sa folle aventure s'annonce exceptionnelle. Les rendez-vous s'enchaînent. Page 90 … Ruslana aura 17 ans l'année prochaine. Elle est arrivée ce matin, directement des bancs de sa classe de terminale. J'aurais préféré qu'elle termine ses études mais elle a un an d'avance et les premières réactions sont étonnantes... 

    La jeune fille découvre New-York. Elle est fascinée. Elle est éblouie. Elle a le monde à ses pieds ! 

    On la prévient page 92 … Tant que tu es dans l'air du temps, on te désire, tu travailles, tout le monde est aux petits soins. Mais si tu veux mon avis, ne t'excite pas. Donne ta beauté, ta fraîcheur, ta grâce et planque le reste... tes sentiments, enferme-les à double tour.

    Page 93 … Ruslana... la fée Kazakhe... sortie d'un conte de Grimm. La Rapunzel slave... ça en jette : Tu vois, petite, la mode aime la chair fraîche. La mode est une vieille blasée qui se déteste. C'est pour ce qu'elle change tout le temps. Tu es une cure de Jouvence, une bouffée d'air pur... Viens, poupée...

    Malgré les merveilles dont on la pare malgré les compliments qui n'ont plus de limite, sa maman commence à lui manquer sérieusement. Sa vie ordinaire lui manque et pourtant elle n'en est qu'à ses débuts.

    Puis, elle s'envole vers Paris, Paris qui sent «  le kérosène «  elle découvre la plus belle ville du monde mais elle se sent perdu car elle ne comprend pas le français. Page 107 … Le fameux «  Paris syndrome « . Ce qui est supportable à New York, anecdotique à Londres, secondaire à Madrid, est plombant à Paris ... Tout va si vite. Tout va trop vite pour cette grande fille qui est partie de rien et à qui l'on donne tout aujourd'hui. Page 110 … Ses yeux se promènent dans le vide... Elle s'inquiète de perdre ses amis sur son blog, ils ont une si grande importance pour elle. L'auraient-ils déjà oubliée ? Finalement c'est lassant d'avoir tout et d'être émeveillée tout le temps.. Les castings mettent le turbo, les grands couturiers l'exigent, les shootings se multiplient. Maintenant, elle dort mal. Ruslana commencera à ressentir le besoin de s'isoler. Le monde, les flashs, courir toujours, les défilés, les heures de maquillage, les repas sautés, les premières cigarettes et les premiers verres d'alcool, les comprimés pour passer le stress.

    Ruslana dort toujours moins bien. A Marrakech page 109 … On la félicite parce qu'elle est belle et que la lumière l'aime plus que quiconque, on l'aime parce qu'elle parle anglais avec un léger accent plein de mystère et de charme, on la congratule pour son dentiste avant-gardiste, sa grâce indémodable... Après on la laisse se reposer. Beauty sleep oblige... pourtant non Ruslana ne trouve pas le repos.

    Elle sera connue dans le monde entier. Elle sera aimée sur papier glacé. Elle sera adulée sur les écrans et les posters. Mais ça y est, elle est déconnectée de la réalité qu'elle a pourtant vu s'éloigner . Elle n'a plus les pieds sur terre, sa tête s'égare lentement vers un firmament diabolique. Elle est seule, très seule. A 17 ans, elle aura ses premières relations sexuelles avec un jeune innocent qui s'honorera uniquement de faire l'amour avec une déesse de magazine (venez voir l'envers du décor.. une image de magazine sur qui on éjacule.. écoutez, lisez les paroles de la chanson : Les adieux d'un sex-symbol chantés magnifiquement par Diane Dufresne. (c'est un succès de mon époque et si longtemps après j'ai encore la chair de poule en l'écoutant)

     

    Ruslana.. un délicieux mannequin

    Géraldine Maillet - Le monde à ses pieds

    Ruslana en est presque là à présent. Elle écrit à son amie virtuelle Yolanda45 qui lui confie qu'elle connaît l'amour  et qu'elle pense vrai, sur son blog et Ruslana lui répond  page 140 … Ce que tu racontes donne envie. En même temps, ça fout la trouille. Tu as l'air envoûté. Il te demanderait de tuer, tu le ferais. Il te demanderait de te tuer, tu le ferais aussi.... A la limite, je préfererais me tuer que tuer...

    Le lecteur sent venir la catastrophe. Géraldine vous êtes un écrivain hors pairs. Il faudrait qu'on la prenne de force par la main pour l'éloigner une fois pour toute de ce milieu destructeur dans lequel elle se perd. Page 142 … En 2005 dans le téléphérique de Gstaad, elle est prise de vertige mais on pourrait faire des comparaisons avec l'état psychologique dans lequel elle se perd doucement.. Ruslana est accroupie dans un coin, elle souffre le martyre. Elle ne veut pas voir «  le glacier des Diablerets trop beau « , «  le chalet trop joli », le snowboarder trop rapide ». Le léger balancier lui donne mal au cœur. Elle est donc la seule à sentir le sol en acier craquer, les armatures grincer, la catastrophe imminente alors que ces connards sont hilares. Fermer les yeux est encore pire. Bouger est un supplice. Elle mourra maquillée, coiffée, frigorifiée sans avoir eu le temps de shooter la couverture de D Magazine...

    En plein succès avéré Ruslana vient de fermer un magazine, désabusée... page 148 … Deux années résumées en une demi-page. Des centaines de gamines fantasmeront sur ces lignes, elles voudront lui ressembler, elles envieront son bonheur et sa chance inestimable. Des centaines de bébés vont porter son nom.

    Ainsi notre Ruslana subit infiniment la rançon de la gloire. Elle est adulée, riche mais il lui manque le plus important, l'envie d'être heureuse simplement en plus et avant tout. Le besoin d'être aimée pour ce qu'elle est d'abord, une toute jeune fille qu'on aurait dû protéger mieux.

    Ce livre est merveille. Il faut le lire, c'est important à notre époque qui ne laisse place qu'à ceux qui brillent par une image qu'ils ne reflètent pas forcément. Géraldine Maillet nous aide à rester les pieds sur terre alors que Ruslana sans protection s'envolera vers un ailleurs dont elle n'a jamais rêvé, celui des autres pas toujours bien intentionnés peut-être même sans le vouloir vraiment mais entraînés eux-mêmes dans une spirale qu'ils ne maîtrisent plus. Ainsi va la vie du XXIème siècle.

    Une citation trouvée sur le net : Regarder sans comprendre, c'est le paradis. L'enfer serait donc le lieu où l'on comprend, où l'on comprend trop...  Citation de Emil Michel Cioran De l'inconvénient d'être né.

     Je veux être une bonne grand-mère lucide. Inès, ma petite fille de 15 ans est également une perle d'une beauté et d'un carisme rares.. le plus important, la protéger, l'éloigner de ce milieu factice ô combien et lui apprendre à profiter de tous les petits bonheurs que lui offre sa jeunesse.

    Je tiens toutefois à repréciser qu'il s'agit ici d'un roman et que bien heureusement beaucoup de très jeunes mannequins dans la vie réelle ne finissent pas leur vie d'une manière aussi dramatique, bien entourées ces jeunes filles peuvent je crois faire confiance aux grands couturiers et à tous ces gens qui gravitent autour d'eux. Mais ce roman est une belle approche des problèmes que peuvent connaître les très jeunes modèles ainsi que leurs fans (je pense entre tous les autres dangers à l'anorexie, maladie grave qui se traduit par le rejet systématique de toute alimentation). Les mannequins ont souvent des allures filiformes qui plaisent énormément hélas à nos adolescentes.

    Je verrais bien ce livre traduit en plusieurs langues j'espère qu'il le sera.

     *****

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