• Dans l'or du temps - Claudie GALLAY

    Dans l'or du temps de Claudie GALLAY

    Dans l'or du temps - Claudie GALLAY

    Edition J'ai Lu prix 7,10 euros.

    Résumé du livre

    Un été en Normandie. Pris dans les rets d'une vie de famille étouffante, le narrateur rencontre une vieille dame singulière, Alice. Entre cet homme taciturne et cette femme trop longtemps silencieuse se noue une relation puissante, au fil des récits que fait Alice de sa jeunesse, dans le sillage des surréalistes et dans la mémoire de la tribu indienne Hopi. La vie du narrateur sera bouleversée devant " la misère, la beauté, tout cela intimement lié ".

    ***

    Quelques mots sur ma lecture

    Un livre assez rébarbative qui petit à petit prend tout son sens lors que l'on entre dans cette partie intime des souvenirs personnels étouffés par le temps..C'est une sorte d'approche de la pensée humaine, un peu border-line, un huit clos entre une vieille dame et un homme encore jeune qui à part ses visites à l'extérieur auprès de la vieille dame passe tristement ses vacances en Normandie en famille " La téméraire " c'est le nom de leur maison où vivent ses deux fillettes et Anna sa femme, le couple est en voie de séparation. L'homme, le narrateur, un taiseux morose en pleine crise existentielle traîne ses pas comme on traîne des boulets. Par hasard il rencontre donc une vieille dame, Alice, et il l'aide à porter ses courses jusqu'à chez elle. Une maison de famille où elle vit avec Clémence sa soeur, silencieuse et sombre, leur père s'est noyé un jour de grande marée, leur mère est morte. Durant des jours de non-dits et d'arrêts sur images que l'on se fait de lui et d'elle, l'homme erre d'un point à l'autre c'est-à-dire de sa maison devant la mer où il laisse Anna sa femme et ses deux filles vivre leur vie à chez Alice où les conversations sont rares, chaque mot pèse une tonne et c'est curieux comme j'ai ressenti une sorte d'indifférence silencieuse évoluant au fil des pages en attention aigre-douce énigmatique et improbable. Il a besoin de parler mais ce qu'il dit a si peu d'intérêt parfois pour elle. Un jour elle lui dit : Vous parlez sans savoir... Il faudrait penser à donner un peu d'épaisseur à votre vie... elle ? elle a besoin de parler mais là ça ne vient pas alors elle parlera plus tard bien plus tard, avant il faut savourer et se perdre dans l'analyse de chaque seconde du temps qui passe entre ces deux inconnus qui doivent absolument, dit-elle, rester des inconnus.

    En tant que lectrice, j'ai manqué d'air, de mouvements, je me serais presque lassée de ce duo d'infortune, neutre et éveillé par les passages feutrés et muets de Clémence, Voltaire le chat ou cet enfant furtif dans le jardin, qu'on pourrait penser être un fantôme.. un fantôme parmi les ombres lourdes d'un passé étouffé et d'un présent confus, oui je me serais lassée si ma lecture n'avait été éveillée soudain par l'intérêt croissant procurée par l'histoire de la tribu des Hopis, ah lever le voile sur certaines de leurs mystérieuses traditions m'a fait du bien et l'histoire de Otto... Les Hopis vivent dans le nord-est- de l'Arizona qui a été envahi par les touristes, les touristes Dieu sait le mal qu'ils font partout, Alice et Clémence étaient enfants là-bas. Alice garde chez elle un masque de cérémonie parmi d'autres, une clée, la clée d'un terrible secret. 

    C'est un livre étonnant. On se prend la tête à chercher le but que chacun voudrait atteindre puis Claudie Gallay dénoue pour nous mais petit à petit les noeuds mouillés qu'on a tant de mal à défaire nous-même, alors seulement tout devient clair.. la fin résume tout, je trouve. La fin m'a fait fermer le livre, pensive.

    Extrait page 72

    ... Un long moment elle est restée comme ça. A regarder dehors. Pâle soudain. Un peu de sueur coulait à ses tempes. - Vous voulez vous reposer ? j'ai demandé. Elle a eu un geste. De cette main qui était posée sur l'accoudoir. - Ne soyez pas comme cela. Pas vous. Et puis elle a ajouté : - Pas entre vous et moi. - Je ne comprends pas... - Vous êtes condescendant. - Je ne crois pas. - Mais si vous l'êtes... Votre apitoiement... Je devrais vous chasser. - Pourquoi vous ne le faites pas ? Elle a eu un rire nerveux. Presque amer. - Je n'ai pas le choix. - On a toujours le choix. - Qu'est-ce que vous en savez ?

    Sa voix, tellement grave. Elle a passé sa main sur son visage, plusieurs fois. La sueur sur ses doigts. Elle a tiré un mouchoir de sa poche. Elle s'est essuyé le front. Les lèvres. Le mouchoir sentait fort. Un parfum. La lavande. Je me suis levé. - Où allez-vous ? - Chercher Clémence. Elle a attrapé mon poignet. Ses doigts glacés, resserrés. Comme un étau. - Vous n'allez chercher personne. - Vous êtes tellement pâle. - C'est ce café, il est imbuvable. 

    J'ai ouvert l'un des battants de la fenêtre. L'air frais du dehors est entré. Elle a respiré plusieurs fois. Profondément. - Le corps n'y est pour rien, rassurez-vous. C'est seulement l'esprit qui résiste. Apportez-moi plutôt un verre de ce petit alcool dont vous allez trouver la bouteille là, dans le placard. Ne faites pas de bruit en ouvrant la porte. Du doigt, elle m'a montré le jardin. - Clémence interdit cela. Elle ne jure que par les pilules de ce bon vieux docteur...

    Page 198

    ... On a parlé de là-bas. - Je me souviens... Dans les ruelles, les mules assoiffées se frottaient le ventre contre les murs. Elles tapaient du sabot pour faire partir les nuées de mouches qui leur piquaient les yeux. Les yeux mouillés des mules. Les yeux trachomes des vieux... On a parlé d'ici. Et de là-bas encore. On revenait toujours à là-bas. - La couleur rouge de la peau de ces hommes. Le regard des femmes. La couleur des arcs. Des plumes. Le son des calebasses avec lesquelles les enfants jouaient. Je me souviens de l'odeur du soir...

    Page 250

    ... Les masques portent en eux l'esprit du peuple hopi. Voler un masque, c'est toucher à cette part la plus précieuse... 

    A lire donc.. c'est étonnant. J'ai trouvé une citation qui va bien à ce livre :

    “On traumatise par le silence, on traumatise par le non-dit beaucoup plus que par le dit.” C'est de Françoise Dolto dans La difficulté de vivre.

    A lire donc.. c'est étonnant. J'ai trouvé une citation qui va bien à ce livre :

    “On traumatise par le silence, on traumatise par le non-dit beaucoup plus que par le dit.” C'est de Françoise Dolto dans La difficulté de vivre.

    Dans l'or du temps - Claudie GALLAY

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