• Alger sans Mozart

    ALGER SANS MOZART

    Alger sans Mozart

    Roman

    Ecrit par les auteurs Michel Canesi et Jamil Rahmani édité chez Naïve

    Une excellente collaboration... pour déjà garder à l'esprit que deux personnalités de cultures totalement différentes peuvent donner naissance a un très bel enfant.

    Voici un magnifique portrait de femme. Inutile de préciser que j'ai pleuré plus d'une fois en parcourant cet ouvrage où j'ai relevé quelques extraits me rappelant des souvenirs personnels qui m'ont terriblement retournés. Beaucoup de mots m'ont ramenés aux côtés de mon père alors entre autres les parcours dans les rues d'Alger... les paysages... certaines situations il y a eu pour parler légèrement : Le poulpe que.. pour attendrir avant cuisson... il faut frapper longtemps sur les rochers (une fois mort j'entends) j'ai vécu oui j'ai vécu absolument l'extrait décrit dans la page 44 et je vous assure que cela est troublant

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    Page 44

    ... " Mon père pêchait au fusil, il sortait de l'eau, triomphant dans sa combinaison de caoutchouc noir luisant, un pauvre poisson frétillant au bout du harpon. Parfois c'était un poulpe. La bonne le faisait cuire des heures avec, pour attendrir les chairs, un bouchon de liège qui s'agitait comme un ludion dans le bouillonnement gris et mousseux de l'eau de cuisson. Papa déposait à mes pieds ses tropées, tendait dangereusement sur son ventre l'épais élastique noir cerclé de métal afin d'armer le harpon, puis replongeait à l'assaut des monstres marins. Je jouais à me faire peur, imaginant mon père le pied prisonnier entre deux rochers, déchic
    queté par l'hélice d'un bateau ou attaqué par des murènes en furie. Mon coeur alors s'emballait et je me levais pour guetter le bout du tuba bagué de rouge à la surface de la mer " ...

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    Dans ce roman plusieurs histoires de différents personnages s'entremêlent, mais Louise est le personnage principal du roman. Les auteurs nous font traverser plusieurs époques de la vie de cette femme en terre Française d'Afrique et bien sûr l'indépendance du pays (1962 année de l'exode des Français et leur rapatriement sur la terre de France) qui sera le thème central. Les évènements terribles qui se déroulèrent alors, doivent rester en mémoire dans l'Histoire de la France et l'Histoire de l'Algérie, la nouvelle génération ne doit pas oublier que beaucoup de gens ont souffert de cette déchirure irrémédiable.

    Ce livre est effectivement un hommage aux exilés.

    "Alger sans Mozart" c'est le portrait de Louise, fière - heureuse - courageuse - engagée - fidèle à ses idées - rebelle et têtue - attachante puis déboussolée - perdue - isolée - abandonnée - malheureuse - malade, une personne somme toute très ordinaire mais qui par la force des choses vit des choses exceptionnelles.

    J'ai imaginé Louise en symbole, en arbre.. en ficus oui un ficus justement... une seule vie et des racines profondent et indestructibles, essayez-donc de déraciner un ficus ! il est grand et superbe planté là au bout de l'allée très connue du grand et beau jardin d'essai d'Alger... à ses pieds la méditerranée, témoin de tragédies mais de bonheurs aussi. Même arraché, il restera toujours des petits bouts de racines qui reprendront vie sans pour cela devenir dangereux pour les autres espèces.

    C'est le portrait d'une femme fidèle à ses croyances à ses convictions qui a fait le choix de rester sur la terre où ses parents et où elle, sont nés, une terre que la France a abandonnée (certains diront rendue) une terre d'Afrique où elle a aimé, bataillé, pleuré, crié, vécu tout simplement. Elle n'en partira jamais elle ne vivra jamais ailleurs malgré la guerre et les ordres de partir, elle restera car elle s'y estime chez elle, tellement engagée en plus à la "libération" de ce territoire de ce pays où elle a épousé Kader. Sa famille lui tournera le dos. Elle deviendra alors : l'étrangère.

    Louise qui ne sait pas en fait dire si elle est Algérienne ou Française !!! comme la plupart des gens ordinaires qui vivaient là-bas avant l'indépendance. Il y a eut cette scission qui s'est faite dans la douleur, de sorte qu'elle sera gravée dans les mémoires. Historiquement parlant on pourra lire : c'était une réussite ! Humainement parlant : ce fut probablement un des plus grands fiasco humain que nos petits enfants apprendront en cours d'histoire dans les écoles de demain dans chacun des pays concernés (les deux pays, cela est indispensable).

    Louise est donc restée en Algérie désormais indépendante. Il y aura des hauts très hauts dans sa vie et puis des bas épouvantables. Malgré Sofiane qu'elle adore, elle se laissera aller à la dérive, s'enfermera jusqu'aux années 2000 à Alger dans un appartement qu'elle ne voudra jamais quitter pour tout l'or du monde... sauf une fois mais je ne veux pas dévoiler pourquoi.

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    page 316 LOUISE :

    ... " Je n'ai jamais été adaptée à mon milieu, ça m'a perdue. Avant l'indépendance, j'ai lutté pour que l'Algérie soit libre, j'ai abandonné la France, mon pays d'origine, ma famille, je me suis exilée. Si j'avais vécu à Paris, j'aurais réussi. J'avais toutes les armes pour ça ; la volonté, la langue, l'éducation, la beauté. Ici, je suis une femme étrangère de surcroît, lourds handicaps. Ma culture est obsolète, le pouvoir a tout fait pour l'extirper, l'arabe a chassé le français. ... J'étais victime d'un génocide culturel ! Kader (son mari) a pensé lui aussi que j'était inutile, dangereuse, alors il m'a quittée, il m'a détruite. Je ne me suis pas adaptée à l'Algérie nouvelle, j'aurais dû me convertir, accepter d'enseigner en arabe, coucher avec l'homme du marabout jusqu'à ce qu'il me féconde. Contrairement à ma soeur, l'Algérie était ancrée en moi, pourquoi ne me suis-je pas
    fondue en elle ? en 1962, j'ai voulu concilier passé et présent, marier ma france et la vieille culture arabo-berbère, le tellurique et les  lumières, sauvegarder mes deux héritages. Sur une terre de tolérance et de nuances, j'aurais pu vivre mes deux amours ; en France j'aurais été
    une schizophrène heureuse, en Algérie je ne peux être qu'une schizophrène damnée. Christine ma soeur, qu'autrefois je méprisais, a eu plus d'instinct, elle a su extirper la greffe,
    Dans les années quatre-vingt dix, quand l'Inquisition arabo-islamique a frappé, il aurait fallu partir comme les milliers d'algériens francophiles, comme les derniers français. Je n'ai pas eu ce courage, il aurait fallu tout recommencer, j'était épuisée par tous mes combats. Je l'ai compris
    trop tard, il faut être en adéquation avec son milieu pour réussir ou s'exiler pour trouver celui qui convient. Je n'ai jamais été au bon endroit au bon moment, je n'ai pas su capter mon époque "...

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    Alors ce roman nous fait croiser des personnages très différents qui viennent se greffer à l'histoire. Il y a Kader, l'aimé, le mari qui est présent jusqu'aux dernières lignes pour les raisons qu'il faut lire. Il y a Christine la soeur de Louise.. qui tient parole voir page 417 j'aime les quelques mots de l'Ambassadeur !!! Il y a  Marc metteur en scène sous le charme de Sofiane, Sofiane qui a une confiance absolue en Marc croyant qu'il n'atteindra la France que grâce à lui à ses connaissances à ses moyens. Marc homosexuel est un être assez désespéré

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    page 433 j'ai retenu ces phrases très belles...

    ... " l'Algérie est une blessure qu'on ne veut plus nommer. Nos parents l'ont repoussée loin dans l'inconscient, aux frontières du souvenir. Nord Afrique, explicite et vague à la fois exprime ce refoulement " ...

    et page 435

    ... " Les morts et le passé sont en nous, il faut les écouter si on veut continuer à vivre, à sentir, à vibrer. Je les ai retrouvés là-bas, l'Algérie m'a rendu la douleur, celle des nouveau-nés au sortir de leur mère. Les parfums de nos vies sont les mots d'amour de nos morts " ...

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    Sofiane est l'Algérien d'aujourd'hui, il ne rêve que d'une chose jusqu'à présent : venir en France. Il croira que Marc l'aidera.. En fait Louise lui a tellement parlé de la France-Algérienne d'avant l'indépendance et de la culture qui en découlait (puisque culture il y avait et qu'il y a toujours d'ailleurs) qu'il s'en sent imprégné et se sent profondément Français alors qu'il est Algérien de pure souche. Mais, j'imagine en lisant ce livre qu'il vient faire des adieux à Louise à cette culture-là qui n'est pas la sienne... il pleut, il fait si sombre, il ira vers le soleil et rejoindra les siens plus fort et plus enclin à la construction de son propre pays qui a besoin de lui et je reprends ce que disait Louise pour finir

      "Il faut être en adéquation avec son milieu pour réussir ou s'exiler pour trouver celui qui convient".

    Sofiane doit-être fort il construira l'Algérie de demain elle doit être solide pour être heureuse, la France doit-être forte aussi pour résister aux secousses d'un crise qui n'en finit pas.

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    Page 148 pour terminer... en 1954 l'Algérie était un pays sûr.

    " L'islam est un cheval blanc lancé au galop sur les prairies où paissent les agneaux du christianisme. Le cheval et l'agneau sont tous deux des créatures divines... Nous sommes confiants, le Chrit nous a placés là, la nature est trop belle pour un sacrifice. Et, alors que nous montions en voiture, il ajouta : - Pourquoi devrait-il y avoir un vainqueur et un vaincu, quand la vie et la mort se partagent équitablement le territoire ? "

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    C'est une histoire terrible elle commence en 1954, c'est un bon livre et une triste période de l'Histoire de France et de l'Histoire de l'Algérie.

    Alger sans Mozart

    Allée des ficus au jardin d'essai d'Alger

    Quand on endure le tourment, [...] pour toujours on se croit son esclave, et quand la paix est de retour, ce sont les souffrances qui semblent n'avoir jamais été, ce sont elles qui s'effacent dans un passé tout à coup si lointain que l'on se prend à douter de l'avoir traversé.
    Henri Gougaud

    Si cela se pouvait vraiment !

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    Ce livre est bouleversant. Ma page changera pas mal car j'ai un mal fou a exprimer mes sentiments et à les mettre en forme sur cette page, donc j'y apporterai des modifications au fil du temps.

    Mon amie Evelyne a lu cet ouvrage et avec son autorisation voici son commentaire personnel que j'aime beaucoup, il s'agit en fait davantage d'un témoignage. Merci Martine pour ce superbe cadre

    Alger sans Mozart

     

    Tempête

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  • Commentaires

    2
    Mardi 17 Juin 2014 à 15:05

    Merci de votre témoignage je suis née au Maroc où je suis restée jusqu'à l'âge de 9 ans puis la région Parisienne (histoire un peu longue à détailler) donc grosso-modo notre père muté en Algérie nous fit découvrir un monde bien bouleversé et encore dangereux où nous avons retrouvé nos amis pieds-noirs nous sommes restés ensemble une année environ puis eux sont partis petit à petit laissant tout derrière eux, oui nous sommes restés encore et encore le pays était en fin de guerre et tant de population encore bouleversée par cette fin si tragique et ce retour en terre de France pas très accueillante il faut bien l'avouer quelques années après je l'ai connue cet accueil ! Bref j'ai donc connu cette période de déclenchement de l'indépendance et pour les années vécues là-bas et les amis restés ou revenus sont gravées pour toujours ainsi que les paysages que j'ai naturellement magnifiés de par un manque certain et toujours présent en mémoire (mon enfance en général est marquée par le maghreb). Retournez-y.. bien sûr que le pays a changé mais nos souvenirs aussi et sans doute serez-vous heureux de belles et nouvelles découvertes, pourquoi pas. Merci d'avoir pris le temps d'écrire sur cette page où voyez-vous vous êtes le seul à vous être arrêté. Le livre est magnifique. A lire vraiment.

    1
    Jean Barjou
    Mardi 17 Juin 2014 à 14:48

               Je ne connaissais pas ce livre, et j'aurais pu cliquer sur d'autres titres qui m'é- taient plus familiers. Celui-ci a éveillé ma curiosité sarcastic car je suis pied-noir, j'ai passé mon enfance à Alger, comme vous si je comprends bien. Contrairement à la plupart, j'y suis resté deux ans après l'indépendance, jusqu'en 1964. Mon épouse, qui est une pure Normande, aimerait que je l'y emmène ; mais je me sens psychologiquement incapa- ble de retourner sur les lieux de mon enfance, comme le Jardin d'Essais que j'aimais yesbeaucoup. Que reconnaitrais-je? Un jour, au stand de l'Algérie à la Fête de l'Humanité, je suis tombé sur un plan détaillé d'Alger en plusieurs feuillets : je n'ai même pas réus- si cry à retrouver le quartier où j'habitais —le Golf— tant la voirie a apparemment été chamboulée. Je préfère garder dans ma tête le souvenir de ce "paradis perdu frown".

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